Tag Archives: zombies

The Thing

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The Thing made in 2011, prequel du film de John Carpenter, ne se passionne pas pour la petite communauté isolée dans le froid de l’Antarctique, à l’intérieur de préfabs humides. La paranoïa, la Guerre froide, le reaganisme, semblent loin ; pourquoi se pencher à nouveau sur les fondations (à la manière du western), les mensonges et les peurs de l’Amérique ? Il faut dire qu’il s’agit d’un groupe de Norvégiens (ou est-ce des Suédois ?) et que la vision de la lointaine Europe qui s’en dégage ne brille guère par sa curiosité ou sa subtilité : la petite communauté masculine y est décrite comme brouillonne et peu efficace, en proie à un autoritarisme borné.

De la nouvelle de John Campbell, Who Goes There ?, un seul mot aura été le déclencheur de cette entreprise : « queer » ; un terme évoquant quelque chose d’étrange, de bizarre, sortant de l’ordinaire, et qui revient de manière lancinante dans l’écriture. Une autre traduction de ce terme, argotique, en premier lieu insultante, puis revendiquée, est celle qui stigmatise les homosexuels. Dans la nouvelle, Kinner, le cuisinier, se plaignait déjà de la promiscuité à laquelle ils étaient tous réduits, dans cet environnement exigu, dont les cloisons étaient réutilisées pour d’autres offices (« There were no locks in Antarctica ; there wasn’t enough privacy to make them needed. »). C’est cette dernière thématique qui transparaît dans le film et s’incarne de manière stupéfiante lorsque la chose s’accouple à un type blessé dans l’encadrement d’une porte, à la jonction du couloir et de la salle de loisir. À ce moment-là, je me suis un peu réveillé, je dois dire. Les cris où se mêlent extase et souffrance et la fusion des corps à l’œuvre assuraient un pic, un climax, assez drolatique à un film autrement décousu, mal écrit. Lire la suite »

Ce qu’ils sont

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Déambulation dans les interstices de lieux sans vie, sans couleur. Une froide représentation d’un espace d’errance que peuplent des créatures mutiques et désolées. Des êtres qui habitent ces endroits oubliés, y existent, se rencontrent parfois. Et des lignes de fuites dans ces dessins gris d’une urbanité clandestine, de cet univers interlope que traversent des visages nomades et anonymes. L’impression première à la découverte de ce peuple improbable, de ces corps posés là, est une répulsion qui finit par rejoindre cette crainte liée à l’impossibilité de cerner, de saisir ces figures. Ou peut-être à l’inquiétude d’être saisi par elles. […]

Lorin Louis

La suite de l’article est disponible dans le n°1 de Spectres du cinéma papier sur le site des éditions LettMotif.

Zombies qui laissent à désirer

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Et, car, parce que, quoique, ainsi, toutefois, de plus, mais, en effet, comme, c’est-à-dire, cependant…

Supposons un texte délesté de tout ce petit bois, ces courts mots de liaison coupés puis balancés par-dessus bord. Non, pas seulement un écrit (celui sur Moloch qui ouvre le film, par exemple) : un film. Voilà un peu comment s’articule Zombies. Désarticulé, il s’avance tel un rébus, une concaténation d’images, de textes limpides ou énigmatiques. « Spectres », le texte de Nicolas Klotz, s’approche également de cette écriture lapidaire couchée sur le papier, qui tranche dans le vif, à la serpe, ou plutôt à la hache. Lire la suite »

Je marche avec les zombies

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Le film Zombies, comme l’indique son nom, s’attache à ne rien faire renaître. Il cherche à donner refuge à ce qui, monstrueux, survit toujours dans les interstices de la vie et de la mort. Baignés d’une claire obscurité, entre visible et invisible, de jeunes gens habitent les plans. Ils y jouent un étrange rituel de séduction ; attirant vers eux ceux qui les regardent, sans appel. Lire la suite »