Tag Archives: Wyatt Earp

Le monde et la croix (7° partie)

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De tous les personnages, Wyatt Earp est le seul à subir une évolution le conduisant effectivement d’un stade sexuel à un autre. Il est la grande figure du changement, prise d’emblée dans un devenir père qui prend toute la durée du film pour s’accomplir (mais d’un accomplissement paradoxal). Sa paternité fraternelle du début est une autre façon de conjuguer sur lui les deux fonctions paternelles : à la fois l’autoritarisme d’Old man Clanton et la serviabilité de Dad. Mais cette conjugaison relève avant tout d’un fantasme du père total et elle recouvre une réalité psychique beaucoup plus infantile, marquée par une recherche narcissique de coïncidence parfaite avec son « idéal du moi ». S’il peut s’halluciner en réconciliateur des fonctions contraires, c’est qu’il n’en occupe encore aucune véritablement, qu’il n’est pas déjà un père mais se situe à un stade antérieur au choix d’objet et où son amour se porte vers lui-même. Cet amour propre est donné plastiquement quand, au sortir de chez le barbier, il s’attarde à soigner son image devant une vitrine. Mais il est aussi rendu selon les termes de la symbolique freudienne, l’égalité classique de l’argent, de la merde et du don à l’aimé trouvant une illustration dans sa façon de verser ses jetons de poker dans son chapeau qu’il visse ensuite sur sa tête. Ce qu’il donne, il se le donne narcissiquement et ce narcissisme est une marque de son analité associée à plusieurs autres symptômes : l’homosexualité endogame du « père » avec la « mère » James, l’agressivité envers Chihuahua, l’avarice ou, à tout le moins, les rapports compliqués avec l’argent. Enfin, son onanisme est signifié par Chihuahua lorsqu’elle l’appelle tin star marshall ou qu’elle parle de son tin badgetin, le fer blanc, étant analysé par Freud comme un substitut onirique de la masturbation. Lire la suite »

Le Monde et la Croix (1° partie)

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Le générique de My Darling Clementine s’inscrit sur 9 panonceaux de bois accrochés autour d’un poteau rond.

Ce chiffre 9 marque tout le film :
- 9 périodes du cycle : 5 jours et 4 nuits ;
- 9 cadavres au total : 5 Clanton, 2 Earp, Doc Holliday et Chihuahua ;
- 9 participants au duel final : 4 Clanton, 2 Earp, le Maire et le diacre Simpson ;
- etc… (1)

Chaque panneau est rectangulaire et forme une croix avec le poteau rond. Le passage d’un panneau à l’autre se fait par un quart de tour descendant, de gauche à droite et retour, sur deux séries de panneaux alignées, formant deux séries de croix, ou deux angles de vue, deux modes d’appréhension de la croix. Ces deux motifs géométriques se retrouvent partout dans le film, du panoramique découvrant pour la première fois Tombstone au bout d’une courbe jusqu’au « broad sombrero » amoureux de Chihuahua, depuis la croix que font le violon et l’archet de Simpson interrompant le bal à la crucifixion assez littérale de Billy Clanton tentant d’échapper à Wyatt Earp. Mais le meilleur exemple reste bien entendu le bijou que James Earp veut offrir à sa fiancée, qui court d’un bout à l’autre du récit comme un fil rouge et qui conjugue rond et croix en une seule figure. Cette géométrie est tout le programme formel du film et les 9 premiers plans du film (9 encore), qui en sont la 1° séquence, en offrent un développement systématique. Lire la suite »