Tag Archives: Welles (Orson)

À l’origine de la Passion

()

 

la-ricotta

J’ai été épatée par ce court de Pasolini. On est toujours épaté par toute chose que fait Pasolini, c’est un principe de plus en plus vrai. C’est un petit court métrage, un petit film des débuts, et c’est magnifique.

Un réalisateur italien puant (Welles) tourne un film sur la Passion du Christ. Stracci joue le troisième larron, crucifié à côté du Christ. Mais il a faim. Son panier repas, fourni par la production, est pour sa femme et ses enfants, qui lui rendent visitent à midi. Il court à perdre haleine, plus vite encore que ne le peuvent ses pieds, pour les retrouver dans ce terrain vague d’une banlieue perdue encombrée de nature. Sa faim ne passe pas par la grâce du Christ. Entre deux scènes, trois « actions » répétés à tout va par tout un chacun sur le plateau, entre de magnifiques gros plans des acteurs, des figurants, des passants et des reconstitutions de la descente de croix à vous faire perdre le souffle tellement elles sont à la fois destructrices de tout ce qu’est la religion et porteuses de toute son histoire, Stracci cherche à apaiser sa faim. Le deuxième panier repas, dérobé sous un déguisement grossier, est dévoré par le caniche de la star exaspérante. Il le vend à un journaliste idiot rembarré magistralement par Orson Welles, court d’une course folle, idiote et décalée, s’acheter de la ricotta, revient sur le plateau pour se faire crucifier. Au sens propre, le Christ et les larrons, entre deux scènes où les croix sont nécessaires, restent attachés sur ces piteuses poutres posées par terre. « Lasciateli addetti », « laissez-les attachés », crient-ils tous à nouveau. Et Stracci vit sa passion jusqu’au bout, pour un bout de pain et un peu de ricotta qu’il arrivera finalement à manger sous les regards hilares et ignobles du reste de l’équipe. Il en meurt.

Comment réussir à décrire tout ce que Pasolini arrive à mettre dans ces trente minutes ? Tous les niveaux, de la plus absurde bouffonnerie aux plans déchirants de Stracci mourant de faim, sa déconstruction absolue de la religion et son amour incroyable pour cette Passion et ce Christ souffrant, devenu un pauvre ouvrier au plus vrai des Évangiles, la manière dont il mêle noir et blanc et couleur des tableaux reconstitué, la dureté et la tendresse…

En direct du forum : http://spectresducinema.1fr1.net/t1696-la-ricotta-pasolini-1963-in-rogopag