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À propos de Paulo Branco réagissant à Vol spécial

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A l’occasion de la sortie en salles de Vol spécial et de la diffusion sur Arte de La forteresse de Fernand Melgar, nous republions deux textes parus précédemment sur le site.

 

 

Que peut bien vouloir dire Paulo Branco en affirmant que Vol spécial est un film qui « participe du fascisme ordinaire qu’il entendait dénoncer » ? C’est une question que je me pose, car en le voyant, comme je l’ai écrit, j’ai au contraire été saisie par sa puissance d’évidence.

Les journalistes qui rapportent ces propos n’ont pas assez de mots pour dire que c’est une attitude de vieux soixante-huitard psychorigide et anachronique. Et que toute la force du film réside justement dans le fait qu’il n’est pas militant, qu’il n’entend pas dénoncer mais comprendre, qu’il montre la réalité telle qu’elle est, sans vouloir accuser (1). Le réalisateur lui-même se présente comme un démocrate, mot très important pour lui, un Suisse qui a lu la Constitution. Il dit que ce qu’il veut montrer c’est : « D’un côté des hommes en bout de procédure, vaincus par la peur et le stress. De l’autre des gardiens pleins d’humanité, de doutes parfois. Ce qui se passe entre eux est une relation intense. Il n’y a ni bons ni méchants. Juste des victimes d’un système devenu absurde. » Il ne juge pas. Il aide, écoute, accueille les victimes, mais ne dénonce par les bourreaux. Il réfute même le terme de « bourreau », adéquat selon lui uniquement lorsqu’il est question de mise à mort. (2)

Évidemment, Paulo Branco en donneur de leçons ne fait pas dans la dentelle. Et le producteur de Un film parlé, film nauséabond s’il en est, peut bien donner des leçons d’engagement politique. Mais, s’il a parlé du film à Locarno, il visait peut-être plutôt l’attitude politique de son auteur. Et nous savons tous qu’un film fonctionne toujours au-delà du vouloir-dire ou vouloir-montrer de son réalisateur.

Le film a peut-être cette étrange et inquiétante force de renvoyer chacun à des convictions politiques antérieures à sa vision. L’humaniste bon teint respectueux du choix du peuple et pour qui le mot démocrate est l’alpha et l’oméga de la justice et de la justesse y verra une leçon d’écoute et d’humanité, bien supérieure à la propagande militante des films qui prennent parti.

Et le spectateur convaincu qu’il y a des points de réel à quoi s’accrocher, et qu’on ne peut toujours excuser par le système le choix des personnes, verra dans la représentation des gardiens par le film la peinture de personnages inhumains, dont la perversité n’a d’égale que la duplicité.

Je dis d’eux qu’ils s’apparentent à des nazis. Je me souviens du film Un vivant qui passe, et je me demande ce que la Suisse se rappelle de cette période. Lire la suite »