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Like someone in love

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On ne fait pas suffisamment l’éloge des menteurs. On dit au menteur d’arrêter de raconter des histoires : « Tu mens. Dis la vérité maintenant. Parle ! » Mais qui fait des histoires, dans le cas présent ? Il faut rendre justice à l’honnêteté du menteur qui cherche à nous rendre disponibles pour autre chose que cette traque acharnée de la vérité sûre et certaine – car ils sont bien fatigants, ces faiseurs d’histoires avec leur goût dramatique du vrai, ces amoureux jaloux de la vérité qui n’ont pas idée qu’elle puisse se livrer autrement que par une scène épouvantable. C’est l’une des leçons de Like someone in love : nous reposer des histoires, grâce au mensonge. Empêcher toute histoire de «prendre», en jouant, en mentant, en biaisant – et quand vraiment les mensonges d’Akiko ne peuvent tenir plus longtemps, que sa situation se découvre dans toute sa trivialité, celle d’une petite prostituée surprise par son amant jaloux chez un vieux client, alors il est temps d’en finir : une pierre traverse l’écran, le drame va commencer, mais ce ne sera pas dans ce film-ci : « The End ».

Drame sans histoire, ou comédie sans situation ; on ne sait pas trop comment qualifier ou résumer le dernier Kiarostami, qui expose tous les éléments d’un « drame » (au sens premier d’« action ») pour l’achever net au moment précis où il menace de prendre forme. On dira, pour donner consistance à ce qui se présente moins comme une histoire que comme la possibilité d’une histoire, que Like someone in love montre « à Tokyo, une jeune prostituée développer un lien inattendu avec un veuf sur une période de deux jours » (résumé Imdb). On se demande à qui s’adresse un tel résumé : à ceux qui projettent de voir le film ou à ceux qui l’ont vu et se demandent encore perplexes ce qu’ils viennent de voir ? Toute la question, pour ceux-ci, est de savoir s’ils tiennent vraiment à suspendre cette indécision sur l’identité des personnages qui court tout au long du film et à définir exactement qui est qui dans cette histoire, alors que c’est sur cette indécision même que repose le pouvoir de fascination du film, sa sorcellerie. Lire la suite »

Le tchador comme MacGuffin

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Un critique peu inspiré de Critikat a écrit à propos de La Fête du feu :

Les mœurs d’Iran sont observées et interrogées ; dans la première scène, le trajet du jeune couple est stoppé pour cause de tchador pris dans l’essieu de la roue arrière de la moto – ce qui fut censuré en Iran. Asghar Farhadi fait la part belle aux (beaux) visages, évidemment couverts lorsqu’ils sont féminins ; s’organise une sorte de typologie des stratégies du port du voile. Celui de Simin, la femme divorcée soupçonnée d’adultère avec Morteza, est coloré, notamment l’un d’un bleu éclatant, et encadre un visage maquillé. Modjeh, sans fard, le porte noir et sévèrement, peut-être davantage dans un souci plus normatif que religieux. Quant à Rouhi, elle affiche la cagoule traditionnelle à l’intérieur et le tchador en extérieur. Résonne dans ces variations un principe d’enfermement dans un impitoyable carcan social.

La fête du feu (Ashgar Fahradi)

Le visage couvert des femmes voilés de La Fête du feu

Après avoir vu La fête du feu, il y a quelque temps, je voulais écrire quelques mots enthousiastes sur le film, sur quelques aspects du film. Du temps passe, ce soir je me dis, vas-y, rédige au moins quelques mots pour essayer de traduire ce qui est si beau dans ce petit film. En cherchant sa date de production, je tombe sur cette critique de Critikat, que je lis en diagonale. Le paragraphe ci-dessus m’arrête. Comment peut-on à ce point ne pas sentir un film ? Comment peut-on se dire critique et ne penser qu’avec des clichés et des préjugés ? Dans ce texte, tout est dit des idées a priori de l’auteur, ou de n’importe qui, sur l’Iran et le voile en Iran, et rien du film. Lire la suite »