Tag Archives: Freud (Sigmund)

Le monde et la croix (7° partie)

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De tous les personnages, Wyatt Earp est le seul à subir une évolution le conduisant effectivement d’un stade sexuel à un autre. Il est la grande figure du changement, prise d’emblée dans un devenir père qui prend toute la durée du film pour s’accomplir (mais d’un accomplissement paradoxal). Sa paternité fraternelle du début est une autre façon de conjuguer sur lui les deux fonctions paternelles : à la fois l’autoritarisme d’Old man Clanton et la serviabilité de Dad. Mais cette conjugaison relève avant tout d’un fantasme du père total et elle recouvre une réalité psychique beaucoup plus infantile, marquée par une recherche narcissique de coïncidence parfaite avec son « idéal du moi ». S’il peut s’halluciner en réconciliateur des fonctions contraires, c’est qu’il n’en occupe encore aucune véritablement, qu’il n’est pas déjà un père mais se situe à un stade antérieur au choix d’objet et où son amour se porte vers lui-même. Cet amour propre est donné plastiquement quand, au sortir de chez le barbier, il s’attarde à soigner son image devant une vitrine. Mais il est aussi rendu selon les termes de la symbolique freudienne, l’égalité classique de l’argent, de la merde et du don à l’aimé trouvant une illustration dans sa façon de verser ses jetons de poker dans son chapeau qu’il visse ensuite sur sa tête. Ce qu’il donne, il se le donne narcissiquement et ce narcissisme est une marque de son analité associée à plusieurs autres symptômes : l’homosexualité endogame du « père » avec la « mère » James, l’agressivité envers Chihuahua, l’avarice ou, à tout le moins, les rapports compliqués avec l’argent. Enfin, son onanisme est signifié par Chihuahua lorsqu’elle l’appelle tin star marshall ou qu’elle parle de son tin badgetin, le fer blanc, étant analysé par Freud comme un substitut onirique de la masturbation. Lire la suite »

Le monde et la croix (5° partie)

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Le western classique a la réputation d’un genre d’extérieur. On le représente facilement par un cow boy chevauchant dans une plaine infinie. Le sujet du western, ce serait la trace laissé par l’homme blanc, civilisé, dans les grands espaces nord-américains – espaces d’autant plus grands que la trace est plus ténue. C’est parfois vrai, chez Walsh, de The big Trail à The tall Men, chez Stevens dans Shane. Ce n’est pas le cas chez Ford. Non qu’il filme autre chose que les progrès de la civilisation sur la wilderness, autre chose que la naissance d’une nation. Mais si la wilderness ne se confond pas chez lui avec l’infini des grands espaces, c’est qu’il ne filme pas des espaces mais des volumes, avec leurs lointains et la hauteur dans ces lointains. Et le volume fordien par excellence, c’est bien sûr Monument Valley. Lire la suite »