Tag Archives: Festival de Cannes

Salvotion Army : avec qui mange-t-on ?

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salvo

Comment filmer la cécité ? La mince affaire. Comment réaliser un premier film ? La bonne affaire !

Fabio Grassadonia et Antonio Piazza furent un temps scénaristes et consultants, un duo de quatre mains qui se révélèrent deux paires d’yeux pour se décider à réaliser ensemble. Après un court métrage, Rita, qui racontait déjà l’histoire d’un étranger faisant intrusion dans le quotidien d’une jeune fille aveugle, voici Salvo présenté et primé à la Semaine de la Critique de Cannes 2013. Lire la suite »

Omar, ce mur qui nous sépare

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Non loin de Nazareth, au cœur d’un petit village arabe séparé en deux par un immense mur, pointe la tête d’un jeune homme arrivé en haut de ce gigantesque édifice. Méthodiquement, il entreprend de descendre à la corde les quinze mètres qui le séparent du sol. Soudain, une déflagration, le coup manque de le toucher et le voici qui dégringole à toute vitesse se brûlant les paumes le long de la corde.

Mais, une fois au sol, comme si de rien n’était, Omar s’essuie les mains et reprend sa marche.

Au cœur de cette séquence inaugurale Hany Abu-Assad pose les jalons de son long métrage. Ni film d’auteur, ni film commercial, pas plus film de genre que factum anti-israélien, Omar oscillera sans cesse entre sensationnalisme et subtilité, nervosité et réflexion. Présenté au Festival de Cannes 2013 dans le cadre de la section Un Certain Regard où il remporte le Prix du Jury, Omar est le premier film entièrement financé par des fonds privés palestiniens, écrit et réalisé par Hany Abu-Assad après Paradise Now. Lire la suite »

L’inconnu, la mort, l’amour

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Qu’est-ce, pour l’inconnu du lac, qu’être soi-même, par rapport aux autres et à ses propres yeux ? En quoi consiste l’identité de chacun ? Sur une petite plage abandonnée, coquillages et silures sont les témoins d’un théâtre sans draperies ni costumes… mais pas sans artifices.

Des hommes nus comme des dorades se draguent et se regardent, se plaisent et se baisent, se parlent et… s’aiment ? Là est un peu toute la question. Comment savoir qui est l’autre si je ne sais pas qui je suis ; est ce qu’aimer, c’est suivre aveuglément le danger au cœur du bois ? Face à ces questionnements, le film prend l’apparence d’une sorte de gigantesque huis clos en extérieur ; jamais nous ne sortirons de la plage et de son bois.

Les ellipses sont sans cesse marquées par un même plan dont ni l’échelle ni la valeur ne varient, laissant soin au spectateur d’observer les petits changements à l’intérieur du plan ; la fin d’une route à la bordure du bois où toutes les voitures viennent se ranger et qui n’est pas sans rappeler l’arrivée matinale de Ce Vieux Rêve qui bouge. À la fois running gag et véritable invitation faite au spectateur d’être attentif à la place des voitures et libre de spéculer qui conduit quoi ; ce plan, au départ répétitif, devient plus qu’un décor, il donne de la vie à l’espace du film.

Tout celui-ci est alors investi par les personnages comme un lieu de rencontre et de rendez-vous. Un endroit privilégié, à l’abri, sorte d’utopie solaire au cœur de l’été. Si cet espace nous est de prime abord étranger, la grande force du choix de Guiraudie de ne jamais le quitter permet de créer de la familiarité voire même de l’habitude pour le public. Lire la suite »