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Le monde et la croix (4° partie)

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Comment convertir en extension une fuite immobile pour mieux l’arrêter ? Comment la course purement spatiale de Wyatt Earp peut-elle circonvenir l’échappée spirituelle de Doc Holliday ? Comment faire tenir les deux personnages dans le même plan au moment où ils sont pris dans l’exacerbation de leurs logiques propres et inconciliables ? Le problème est qu’il faut répondre à l’injonction paradoxale de figurer à la fois l’incompatibilité des logiques et la façon dont elles se joignent. Passer du début de la poursuite, où Earp et Holliday ne partagent même plus l’espace de la séquence mais habitent, chacun pour soi, des séquences indépendantes disjointes par des fondus, à son achèvement dans l’invasion par le Marshall du cadre déjà occupé par le fugitif. La suite n’étant qu’une formalité expédiée en vitesse car Earp, en reprenant contact avec son antagoniste, le force immédiatement au duel, c’est-à-dire à une pratique discriminante aussi bien dans ses attendus (deux adversaires face à face) que dans ses résultats (un gagnant et un perdant, éventuellement un mort et un vivant). La quête d’unification intensive de Holliday est de toutes façons perdante dans sa confrontation directe avec le principe légal de séparation porté par Earp. Mais aussi, la Loi, pour Earp, n’est formellement que l’application d’un quadrillage, une application physique avant d’être politique. C’est que son rapport à la Loi est essentiellement l’hallucination d’une naturalité : à aucun moment sa pensée ne parvient au politique. Aussi c’est physiquement qu’il impose le quadrillage quand, en entrant latéralement dans le champ de Doc, il complète et ferme le carré tracé par sa course soigneusement filmée de dos, de droite à gauche, de gauche à droite et enfin de face.

La défaite de Holliday, parti pour se dissoudre dans le rond ouvert du sol, est de se laisser prendre dans cette fermeture territoriale d’un angle. Lire la suite »