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La révolution ne sera pas télévisée

Le philosophe Alain Badiou était récemment invité à l’émission télévisuelle « Ce soir ou jamais » présentée par Frédéric Taddeï à l’occasion de la parution d’un nouveau livre L’hypothèse communiste (1). Lors de cette émission, les téléspectateurs auront sans aucun doute constaté avec quelque étonnement le traitement particulier réservé à Badiou au cours de la discussion. En effet, à plusieurs reprises, le présentateur propose au philosophe de regarder des extraits de films pour illustrer les propos autour des sujets mis sur la table. Pour les « séquestrations » de patrons, un extrait du film de M. Karmitz Coup pour coup (1972), pour l’hypothèse communiste à ne pas négliger un extrait de La Chine (1972) d’A. Antonioni, pour l’insurrection des minorités un extrait de Ma 6-T va crack-er (1997) de J.-F. Richet. Puisqu’il est visible que Taddeï ne s’intéresse pas, ou n’a pas le temps de s’intéresser, à ce que pense réellement Badiou de ces films, il faut croire que ces extraits n’ont d’autre vocation que de rabattre le cinéma sur les sujets évoqués (et non l’inverse) auprès des spectateurs que nous sommes, là même où Badiou exhorte à trouver des « points de réel » afin de lutter contre le capitalisme. Bref, le dispositif a tout de la mise sous verre : Badiou, les films, tout est mis en vitrine comme une affiche de Mai 68 dans une exposition commémorative, alors même que Badiou est venu parler de l’avenir du mot « communiste ». Le présent même est renvoyé à une forme de reprise du passé, de remake, de sequel, pour parler comme au cinéma, inscrivant les luttes en cours dans un futur pauvre, sans avenir. Cette construction médiatique utilise grossièrement le cinéma pour ce qu’il est toujours appelé à devenir in fine souvent malgré lui, à savoir un outil policier (2) spectaculaire de la culture visant à maintenir chacun à sa place confortable de consommateur. Dans la rubrique Hantologie, un texte récemment distribué par Badiou lors de son séminaire à propos du cinéma et de Platon éclairera sans doute sous un jour nouveau le comportement de Taddeï à l’encontre du philosophe lors de cette émission.

JM

(1) L’émission est disponible en ligne.
(2) Opposée à la politique, « la police est, en son essence, la loi, généralement implicite, qui définit la part ou l’absence de part des parties », selon Jacques Rancière.

Imaginez une gigantesque salle de cinéma… L’allégorie de la caverne traduite par Alain Badiou

Voici une copie de la traduction de l’allégorie de Platon que le philosophe Alain Badiou a distribuée lors d’un de ses derniers séminaires. Il est déjà disponible sur le site des cours et séminaires, mais seulement scanné et peu facile à consulter. Peu lisible sur le site, il vous est ici proposé sur un support plus facile à la consultation et accompagné de quelques explications d’Alain Badiou.

- Imaginez une gigantesque salle de cinéma. En avant, l’écran, qui monte jusqu’au plafond – mais c’est si haut que tout ça se perd dans l’ombre -, barre toute vision d’autre chose que de lui-même. La salle est comble. Les spectateurs sont, depuis qu’ils existent, emprisonnés sur leur siège, les yeux fixés sur l’écran, la tête tenue par des écouteurs rigides qui leur couvrent les oreilles. Derrière ces dizaines de milliers de gens cloués à leur fauteuil, il y a, à hauteur des têtes, une vaste passerelle en bois, parallèle à l’écran sur toute sa longueur. Derrière encore, d’énormes projecteurs inondent l’écran d’une lumière blanche presque insupportable. Lire la suite »

Spectres du cinéma #1 (webzine)

Spectres du cinéma #1

Sommaire #1

Des spectres hantent le monde du cinéma (Borges). 3

Tract (par la rédaction). 8

Burdeau et Lanzmann, Badiou (Jean-Maurice Rocher). 9

Sur les traces du documentaire (Adèle Mees-Baumann). 11

Regard(s) morbide(s) 15

1. Terrain(s) battu(s) (Simon Pellegry). 16

2. La mort en cette image… (sur Diary of the Dead) (Lorin Louis). 18

3. Ce que la guerre du Golfe ne montrait pas (Simon Pellegry). 22

Le Russe est-il un conservateur naturel ? (Arthur Môlard). 24

Perte du temps (autour de Taken) (Jean-Maurice Rocher). 28

Approches du réel 30

1. En Avant Jeunesse / Still Life, à l’épreuve du temps (Raphaël Clairefond). 31

2. Contre la mort (autour de En Avant Jeunesse) (Adèle Mees-Baumann). 33

3. Travail de forces (sur Still Life) (Sébastien Raulin). 36

4. Coutures (autour de Useless) (Jean-Maurice Rocher). 39

Entretien avec Hamé de La Rumeur 40

What’s happening Mr. Shyamalan ? 47

1. Les villes (Sébastien Raulin). 48

2. La bulle brisée (Jean-Maurice Rocher). 49

Zones (dos aux murs) (Jean-Maurice Rocher). 50

Représentation des minorités mexicaines dans le cinéma hollywoodien du XXIe s. 51

1. Sur quelques films hollywoodiens (Borges et Jean-Maurice Rocher). 51

2. Bilan (Jean-Maurice Rocher). 53

3. Los Bastardos (HarryTuttle). 53

Entretien avec Charles Tesson 58

Guy Gilles ou l’adolescence mélancolique de la Nouvelle Vague (Raphaël Clairefond). 69

Tournent, les fantômes (autour de Ghost Dance) (Jean-Maurice Rocher). 71

Critiques 73

Les Ruines de C. Smith & Shrooms de P. Breathnach (Lorin Louis). 73

Bons baisers de Bruges de M. McDonagh (Stéphane Belliard). 74

Glory to the filmmaker! de T. Kitano (Lorin Louis). 75

Falafel de M. Kammoun (Lorin Louis). 77

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