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Explorations. Les spectres, en cette année…

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Une année est un trajet. Un chemin parcouru, des endroits traversés, une distance réalisée. Certes, cette idée de cheminement est toujours à refaire, l’initiative n’est jamais totalement préconçue. On part d’un temporaire vers un inconnu, on ne sait jamais trop d’où l’élan nous est venu ; on ne sait comment il nous pousse et nous motive et l’on ignore quelle est cette irrésistible direction, ce sens encore dissimulé vers lequel nous sommes attirés. Il nous est nécessaire de rudoyer notre maîtrise des événements, de nous laisser conquérir par notre humilité, de savoir nous défaire des commandes pour suivre le souffle du vent, pour caler nos pas sur le rythme de la marche annuelle. Savoir nous laisser porter sans pour autant nous défaire de ce que nous sommes, de ce qui constitue notre identité, nos tendances.

Précieuse précaution. Surtout dans cette passion dévorante qu’est le cinéma.

Nous traversons 2010 comme des figures fantomatiques, drapés dans le linceul grotesque que nous portons à notre traîne. Si nous allions à un point précis, au terme de cette année, nous ne savions pas quelles rencontres allaient ponctuer le voyage, quels films marquants allaient se dresser sur le trajet, quelles expériences bigarrées allaient nous toucher dans notre sensibilité comme dans notre intellect.

Oui, des âmes errantes, spectrales, avançant sur le chemin ou reculant, tantôt abordant de front une œuvre comme pour mieux se laisser pénétrer par elle ou l’abattre dans un duel tendu ; tantôt contournant le film pour mieux le cerner, pour mieux en saisir l’envergure, le garder plus longtemps à portée de vue, prendre le temps. Et si nous sommes dépourvus de chair et de sens, s’il nous faut compter sur ces lacunes pour construire notre rapport aux films que nous approchons, s’il est impératif de convertir ces manques en force, nous pouvons aussi multiplier les abords, confronter les vues et les opinions. Nous ne sommes pas des fantômes esseulés. Nous sommes plusieurs à emprunter un même chemin, à partager le même voyage, le même élan, cette impulsion vers les films. Notre regard n’est alors plus absolu, mais se compose, au gré de chacun, grâce à chacun. Ce qui implique que cette marche en cette année n’a pas été une ligne rigoureusement droite, qu’il a fallu se perdre quelques fois, s’affronter, se défendre ou défendre ce qui nous a touchés dans notre amour des films. Parcours erratique souvent, mais toujours dans ce lien étroit qui nous joint autour de notre affection, de notre âme, cet unique résidu de ce que nous demeurons.

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