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La région où vivre

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Le Mépris (Jean-Luc Godard)

Partons du style, avant d’aller à l’homme.

Le cinéma de Godard pourrait se définir comme l’affirmation de la singularité d’un style. Le style, c’est son désir, parfois trop affirmé, comme c’est le désir de ses personnages, dans la mise, les mouvements du corps, le ton, la diction… Ils ne cessent de poser. Il y a chez Godard comme un dégoût du naturalisme, qui l’a peut-être conduit à longtemps différer de filmer le corps concret, biologique, le sexe. On est ce qu’on se fait, chez lui ; quelque chose de très sartrien, au fond. L’espace où se déploie le cinéma de Godard, c’est la culture, pas seulement au sens du savoir, livres, musiques, citations : au sens plus large de culture de soi, invention de soi, jusque dans la mort. Tout doit être stylisé, il faut composer son personnage jusqu’à la fin, ne jamais donner le sentiment, l’image de quelqu’un qui cède, qui obéit aux lois communes, aux lois de la nature (je pense à la course de Belmondo dans À bout de souffle).  Affaire de mode (presque au mauvais sens du mot) et de modalité. Lire la suite »

Le cri de Brando

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Ne change rien pour que tout soit différent

(Jean-Luc Godard)

 

Sans rien changer, que tout soit différent

(Robert Bresson)

 

Marlon Brando dans "Un Tramway nommé désir" et "Le Dernier Tango à Paris"

Marlon Brando dans « Un Tramway nommé désir » et « Le Dernier Tango à Paris »

De La Nouvelle-Orléans à Paris, du tramway au métro, c’est toujours un peu la France, c’est toujours une histoire de désir, la mort en plus dans Le Dernier Tango à Paris. Dans le film de Kazan, Brando hurlait le nom de sa femme, Stella si je me souviens bien. Dans le Dernier Tango, « Fucking God », en se bouchant les oreilles… (Sa femme s’est suicidée).

Les signes parmi nous de Film socialisme

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Film Socialisme (J-L Godard)

Les premiers plans qui me reviennent en tête, quand j’y repense, ce sont ces vagues, ou plutôt le remous de la mer dans le sillage de la croisière ; plans éminemment godardiens.

On se souvient de Prénom Carmen qui déjà était rythmé, visuellement, dans le montage, par le fracas répété des vagues contre les rochers. Ces plans disaient à merveille la violence sauvage et incontrôlée du sentiment amoureux. Violence qui devait précipiter la perte des deux amants. Réinterprétant l’opéra de Bizet, Godard employait l’élément maritime dans son interprétation métaphorique la plus classique, celle du romantisme du XIXème siècle. En dépit de toutes les expérimentations stylistiques qui traversaient le film, il manifestait là, avec beaucoup de distance et quasiment pour la dernière fois, son affection pour les « histoires de cinéma », comprendre un récit épique et tragique, des relations passionnées, des héros torturés. Et déjà, au milieu de ce tumulte, il jouait Oncle Jean, celui qui soliloque sur la guerre froide et l’impérialisme américain dans son coin, le cigare au bec. Lire la suite »

Poum poum, tralala (Aragon, même pas peur !)

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J’ai découvert la nouvelle l’autre jour, en feuilletant l’un des innombrables programmes du Festival Lumière de Lyon que j’ai reçus par la Poste : Pierrot le Fou a été restauré. J’aurais dû être content, piaffer d’impatience à l’idée de pouvoir enfin voir le film de Godard au ciné, dans sa « splendeur originelle » (dixit Serge Toubiana), et en plus avec des invités prestigieux tels que Tonie Marshall ou Asia Argento dans la salle pour présenter le film et nous guider dans cette étape cruciale pour la vie d’un cinéphile.

Franchement, j’avais tout pour être heureux et je crois bien que Thierry Frémaux, le mec à qui on devait tout ça, il comprendrait pas pourquoi je me suis dit « j’irai pas ! ». Suffit pourtant de penser à un précédent film de Godard, Le Mépris, à Camille, cette foutue dactylo de 25 piges qui voulait pas aller à Capri avec son mari. Pourtant Capri, c’est super beau, enfin j’y suis encore jamais allé mais dans le film on voit des paysages absolument magnifiques, parce qu’ils y vont quand même. Mais Camille, au début, aussi moderne que l’architecture de la villa de Capri où ils sont invités, elle dit « non », elle veut pas y aller, elle a compris que cette invitation de Prokosch et les incitations de son mari pour qu’elle l’accompagne, c’est pas très net tout ça. Faut dire, réaliser que Toubiana et sa Cinémathèque sont derrière la restauration de ce film, ça fiche aussi un coup, lui qui, comme l’explique son ancien camarade des Cahiers Jean-Louis Comolli, fait partie des renégats de la période rouge de la revue, on le voit mal contribuer à la redistribution des couleurs d’origine du film de Godard, quand bien même à cette époque, le rouge du cinéaste était du sang, et pas forcément celui versé pour les luttes révolutionnaires. Quand à Frémaux, son petit tralala de festival est plein de bons sentiments, mais plus racoleur que ça, tu meurs ! « Grand Lyon Film Festival », je me demande vraiment si c’est l’invité d’honneur Eastwood qui a choisi le nom ou si la personne qui l’a trouvé avait quelques problèmes avec la syntaxe ?

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