Quelles peuvent être les plus belles danses au cinéma ?

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À la lecture du récent article d’Adeline sur le site, j’ai immédiatement pensé à une scène assez longue et mémorable d’un film de Naomi Kawase, Shara. C’était comme une évidence : cette scène résonnait pour moi comme la plus belle scène de danse du monde.

Je n’ai pourtant pas revu Shara depuis sa sortie mais cette scène de danse, je ne l’ai jamais oubliée. Elle se situe plutôt vers la fin du film, aux trois quarts ou quelque chose comme ça.
Ce qu’il faut savoir avant toute chose, c’est que dans ce film il est question de disparition, de perte d’enfants, de paternité/maternité… Je crois que le décor est bien planté.
Pendant tout le film, la famille prépare une cérémonie importante pour une fête d’été. C’est très important, on ne comprend pas toujours pourquoi d’ailleurs mais c’est important.

Au début quand on arrive dans la foule, on ne saisit pas trop si on doit regarder quelque chose de précis. On assiste à la procession comme les deux personnages principaux la regardent, c’est un peu large, on suit la chorégraphie et un premier glissement s’opère ; on récupère notre personnage adolescent Yu à l’avant de la procession ; la caméra est très mobile, on passe d’un personnage à l’autre, de la sœur au frère, de la tante à la nièce, des spectateurs aux danseurs.

Ce qui semblait être une illustration se métamorphose en expérience, on sent avec Yu l’importance de chaque mouvement, la synchronisation avec les autres danseurs, la synergie, le temps, le rythme. Puis subitement quelque chose explose, c’est très fort, ça ; la pluie tombe d’un coup.
Ça pourrait être grotesque, presque ridicule, tant le débit et la force de la dépression n’ont rien de crédible mais on s’en fout, c’est toute l’émotion retenue de ces histoires et secrets de famille qui éclate au cœur de la danse. Le frère introverti rejoint la danse et sa sœur, ils sont trempés sans que personne ne le remarque comme si la pluie n’était qu’un doux et reposant baume sur les blessures passées et à venir.

Il y a au cœur de cette séquence assez longue quelque chose de très beau ; une façon de communier comme si le frère, la sœur, la mère, le père, l’oncle s’accordaient pour n’avoir qu’à chanter, taper dans les mains et exécuter les gestes au bon moment.
La première fois que je l’ai vue, l’arrivée prompte et inattendue de la pluie m’amena les larmes aux yeux, il pleuvait en moi aussi. Je trouve bouleversante la gêne du frère qui ne trouve pas sa place au début dans la danse parce qu’il est trainé là par quelqu’un et qui, toutefois, finit par se dégager les bras et se secoue sans réfléchir.

Tellement de choses se libèrent dans cette séquence, à la fin de laquelle un personnage monte sur l’estrade enjoignant la foule à se libérer, à briller, être meilleur…

Comment ne pas avoir envie de briller, en effet, après une telle séquence ?

Cary Grant dances with Sophia Loren between takes while on location in Spain to film The Pride and the Passion, 1957.

À suivre sur le forum…

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