Proust, Rosebud et le monolithe

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Une différence essentielle entre Welles et Kubrick pourrait être figurée par les « objets » les plus fameux de leur cinéma : le monolithe (de 2001) et le traîneau – Rosebud (de Citizen Kane) ; dans un cas, l’objet mène à une renaissance, à une nouvelle enfance ; dans le second, il ferme définitivement les portes du passé et de l’avenir. Tout est fini. Il est trop tard. Les personnages de Welles n’ont pas de seconde chance, contrairement à ceux de Kubrick, à la fin des films de qui on trouve presque toujours une ouverture vers l’avenir symbolisé par l’enfance. Je pense à la fin de Spartacus, à celle de Shining, mais même ses films qui semblent sans espoir, s’achever avec l’échec du héros, contiennent une manière de promesse ; Barry finit très mal, mais une date sur le document que signe lady Lyndon marque la fin prochaine de l’aristocratie.

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Le Rosebud de Kane, c’est un peu « le pan de mur jaune » de Bergotte, tous deux meurent conscients de l’échec de leur vie, de leur création, ou mieux peut-être, l’un de ces objets qui contiennent notre passé, notre promesse d’éternité, mais que nous manquons, parce qu’il appartient au hasard que nous les rencontrions ou pas.

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« Je trouve très raisonnable la croyance celtique que les âmes de ceux que nous avons perdus sont captives dans quelque être inférieur, dans une bête, un végétal, une chose inanimée, perdues en effet pour nous jusqu’au jour, qui pour beaucoup ne vient jamais, où nous nous trouvons passer près de l’arbre, entrer en possession de l’objet qui est leur prison. Alors elles tressaillent, nous appellent, et sitôt que nous les avons reconnues, l’enchantement est brisé. Délivrées par nous, elles ont vaincu la mort et reviennent vivre avec nous. Il en est ainsi de notre passé. C’est peine perdue que nous cherchions à l’évoquer, tous les efforts de notre intelligence sont inutiles. Il est caché hors de son domaine et de sa portée, en quelque objet matériel (en la sensation que nous donnerait cet objet matériel), que nous ne soupçonnons pas. Cet objet, il dépend du hasard que nous le rencontrions avant de mourir, ou que nous ne le rencontrions pas. »
(Proust)

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