Pour Pasolini, par Nicolas Born

POUR PASOLINI

En rêve Pasolini est venu me trouver
dans un rôle principal.
Il avait belle allure, bleu étincelant comme une machine
acteur pour tout –
Pasolini marchait en levant haut la jambe
dans les flaques, il pouvait bien être petit, râblé, foncé et asocial,
il était toujours Pasolini et toujours un autre.
Puis il était dans les entrées des bâtiments en construction
il faisait signe depuis des échafaudages.
Il montrait du doigt de vieilles voitures.
Dans tout le pays vivait une population
dont il était l’amant
et il trouvait, avec la caméra, des pays
qu’il ne voyait plus à travers ses lunettes noires.
Il disait : « Mes images gémissent,
je pourrais faire des films muets ; il y a des années
que je n’ai plus entendu une parole. »
Il s’est mis à se frotter contre moi et c’était
O.K.
Puis il a basculé dans un trou de fondation.
Une voiture a brûlé.
Il tombait de la pluie sur la mer.
Le drap du cinéma était de nouveau tout blanc.

Nicolas Born

Extrait de Gedichte, traduit par Jean-Pierre Lefebvre, Anthologie bilingue de la poésie allemande, Gallimard, 1993.

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