Mogwai

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Cette utilisation récurrente d’inserts nous expose l’ordre « organique » du montage, sa manière d’aborder isolément chaque partie, de garder une vue séparée de chaque instant, de chaque référent, afin de les articuler ensemble dans un flux global. Et d’en montrer les interdépendances en même temps que s’esquissent les interactions, causes et effets, effets et causes. La musique sera le liant, alors, cette force vitale qui maintient la totalité en bonne marche.

La possibilité de voir le montage comme réalité organismique de cette expérience que tente de rendre Burning n’est donc possible qu’à la condition – nous l’avons aperçu- d’une totale sujétion, d’un abandon du film aux voies tracées et ouvertes par la musique de Mogwai elle-même. Et d’après deux perspectives naturelles, essentielles, que posséderait qualitativement cette même musique : celle, d’une part, d’être portée par les corps et les esprits des auditeurs, que l’on puisse voir la transe, qu’elle soit totalement intelligible pour le film. Et, d’autre part, que la musique de Mogwai soit naturellement visuelle, visualisable, qu’elle ait un sens esthétique qui mobiliserait peut-être davantage la vue que l’ouïe.

En ceci, l’expérience, bien qu’involontaire – inconscience du film -, a été opérée dans le documentaire expérimental consacré au footballeur Zidane (Zidane, un portrait du 21e siècle, 2006). Les moments de capture qui trouvent en quelque manière la musique de Mogwai apparaissent également comme des instants coïncidents. Ils ne s’inscrivent pas dans cette ambivalence que l’on pose dès qu’il s’agit d’aborder les rapports entre un film et sa bande originale, à savoir de deux choses l’une ; soit la musique, comme bande sonore, illustre les images ; soit les images supportent la musique et l’exprime finalement. Ces ponctualités dans le documentaire, séquences hypnotiques où l’entremêlement des visions et de la sonorité rend ardue toute discrimination, constituent de manière étrangère les abstractions du film, y compris de son projet, de son expérience initiale, purement visuelle. L’expérimental est mis entre parenthèse lorsque résonnent les premières notes, les premières orgues électroniques de la partition de Mogwai. Non pas que, fortuitement, ces parenthèses nous arriveraient comme des clips musicaux, comme une vidéo musicale qui s’extrairait, qui laisserait une respiration au sein du projet filmique, mais bien par la confusion quasi-langagière des images et de la musique. Comme si quelque chose d’essentiel, de naturel s’imprimait par là à cette rencontre, à cette superposition, la rendant nécessaire et syncrétique. Une nécessité, un impératif, qui n’aurait pu être autrement sans ablation de la qualité des images ou de celle de la musique elle-même. Une communion. C’est cette phénoménalité, toujours, incessamment reconduite, qui prévaut dans Burning.

Finalement, il faudra la coïncidence d’une musique et des images pour parachever ce projet visuel qu’est la couverture d’une expérience directe, d’un concert de Mogwai. Mais ce qui est distinct, ce qui disjoint l’attendue connivence esthétique entre la musique et l’image, entre le sonore et le visuel, entre la bande-son et son film, c’est précisément qu’il n’y aurait pas pu ne pas avoir de coïncidence, que rien ne relève de la contingence, mais bien d’un ordre de nécessités. Il suffit de voir la concordance du rythme filmique, du montage, des plans, les articuler indistinctement avec ce qu’elle cadre, non pas ce qui est filmé, mais plutôt ce qui est mis en image, la musique elle-même. Mais le film pèche aussi par un excès d’images, ou tout moins par ces prétentions qu’il semblerait formuler. Evidemment, il apparaît également le souci d’une esthétique maniérée, ce noir et blanc peut-être trop soigné, qui jure quelque peu au sein de ce flux naturel qui coordonne à l’unisson musique et images, orchestre et public, spectateurs et film. Et on pourrait être aussi frappé par une certaine banalité, une convenance de ce que peut proposer le film, de ne pas y trouver une originalité. Mais cette banalité correspond justement à la rencontre des images et de la musique, de cette danse intime et fusionnelle, qui ne peut apparaître autrement comme ce qui ne pouvait qu’être attendu. Et ce qui accroche à la vision de ce moyen métrage est bien cette évidence de trouver cette communion qui donne sens a posteriori aux images et à la musique, à leur union. Une évidence à l’instar d’une expérience mystique qui est, toujours, un retour vers l’essentiel…

Lorin Louis

Le film « Burning » est disponible avec l’édition de l’album live « Special Moves »

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