Je marche avec les zombies

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Le film Zombies, comme l’indique son nom, s’attache à ne rien faire renaître. Il cherche à donner refuge à ce qui, monstrueux, survit toujours dans les interstices de la vie et de la mort. Baignés d’une claire obscurité, entre visible et invisible, de jeunes gens habitent les plans. Ils y jouent un étrange rituel de séduction ; attirant vers eux ceux qui les regardent, sans appel.

Elizabeth Perceval et Nicolas Klotz refusent de dresser une topographie globale et précise des lieux. Ils esquissent des manières d’abstractions concrètes, qui se fixent et se dérobent d’un plan à l’autre. Replis secrets ancrés dans le réel. Tout juste pourrait-on tenter de décrire ces lieux à partir de la perception que pourrait en avoir un « nous » sans unité et multiple. S’ils n’attirent plus l’attention de celui qui les côtoie dans les circonstances ordinaires de sa vie, il suffit de les découvrir pour la première fois, ou dans une situation nouvelle, pour ne plus pouvoir leur échapper.

Le bord d’une rivière, des murs, des toilettes… lieux de transit, si l’on y prend garde, traversés, parasités, salis, par toutes sortes d’éléments informes refusant de trop vite disparaître. Une couche de peinture ne fait pas taire quelques graffitis inscrits sur un jaune ocre, toujours reviennent les mots, au plan suivant, à la bombe ou résonnant dans la bouche têtue de zombies ventriloqués. Dans un chiotte nulle part, les tortures d’autres temps terriblement présents remontent entre nous, du dedans, dans un maelstrom sonore qui perce à travers les petits carreaux blancs méthodiquement disposés, entre une bouffée de clope et une rasade de whisky. Ça veut pas dire qu’il ne faut pas se sentir belle devant l’image que nous renvoie le miroir du dernier et du premier soir. L’entre filles, partage radical et de connivence qui ne refuse pas pour autant l’échange avec l’autre sexe. L’importance d’aimer, dans la lutte, avec les dents, avec une hache, avec des mots, avec des morts. Le un de l’autre, puis les deux si loin si proche, puis les quatre conniventes faisant tourner, dehors, ce qui n’en finit pas, jamais, de se consumer… Perceval, Klotz et leurs acteurs, petit à petit, charrient, inscrivent, libèrent une communauté à venir, disloquée, comme les espaces restants qu’elle habite avec des ailes et désirs.

Jean-Maurice Rocher

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