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Vite, réfugions-nous

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Take Shelter est une histoire de signes. Tout au long du film, Curtis Laforche, père et mari comblé (c’est son collègue et ami proche qui le dit) est assailli d’une série de cauchemars, apparitions et sensations qui créent le trouble en sa psyché. Un trouble d’autant plus fort qu’il l’amène sur une longue pente inexorable que l’on diagnostiquera comme un début de schizophrénie paranoïde.

Beau et fort, Take Shelter est une trajectoire personnelle et intime au cœur d’une paranoïa de plus en plus envahissante. En quelques mots, l’enjeu du film, c’est l’alternance entre une vie rangée, banale et des perceptions sensorielles terrifiantes, angoissantes qui ne semblent dire qu’une chose : la fin du monde est là.

Homme pragmatique, Curtis Laforche cherche à tout maîtriser comme il maîtrise la construction d’un abri : budget, recherche documentaire à la bibliothèque, conseils auprès des spécialistes (sa mère, le médecin, les psychologues). Autant de petites scènes habiles dont le scénario ne fait pas l’économie.

Prophète de malheur ou malheureux interprète de signes bruyants, Curtis lutte contre ceux-ci en essayant de les contenir. Mais que sont ces signes ? De quoi sont-ils le signe ? Que signent-ils ?

Bref, qu’est-ce, un signe ?

C’est la plus belle idée du film incarnée par la figure de la très jeune fille de Curtis, Hannah. Malentendante, elle n’entend manifestement pas un son. Elle est étrangère aux signes sonores du monde extérieur et donc incapable de dialoguer avec ses parents. Tous trois apprennent la langue des signes. Lire la suite »