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L’inconnu, la mort, l’amour

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Qu’est-ce, pour l’inconnu du lac, qu’être soi-même, par rapport aux autres et à ses propres yeux ? En quoi consiste l’identité de chacun ? Sur une petite plage abandonnée, coquillages et silures sont les témoins d’un théâtre sans draperies ni costumes… mais pas sans artifices.

Des hommes nus comme des dorades se draguent et se regardent, se plaisent et se baisent, se parlent et… s’aiment ? Là est un peu toute la question. Comment savoir qui est l’autre si je ne sais pas qui je suis ; est ce qu’aimer, c’est suivre aveuglément le danger au cœur du bois ? Face à ces questionnements, le film prend l’apparence d’une sorte de gigantesque huis clos en extérieur ; jamais nous ne sortirons de la plage et de son bois.

Les ellipses sont sans cesse marquées par un même plan dont ni l’échelle ni la valeur ne varient, laissant soin au spectateur d’observer les petits changements à l’intérieur du plan ; la fin d’une route à la bordure du bois où toutes les voitures viennent se ranger et qui n’est pas sans rappeler l’arrivée matinale de Ce Vieux Rêve qui bouge. À la fois running gag et véritable invitation faite au spectateur d’être attentif à la place des voitures et libre de spéculer qui conduit quoi ; ce plan, au départ répétitif, devient plus qu’un décor, il donne de la vie à l’espace du film.

Tout celui-ci est alors investi par les personnages comme un lieu de rencontre et de rendez-vous. Un endroit privilégié, à l’abri, sorte d’utopie solaire au cœur de l’été. Si cet espace nous est de prime abord étranger, la grande force du choix de Guiraudie de ne jamais le quitter permet de créer de la familiarité voire même de l’habitude pour le public. Lire la suite »