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Au terme d’un éternel retour…

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« Le 3 janvier, juste au moment où Nietzsche sort de sa maison,
Il voit sur la piazza Carlo Alberto, à la station de fiacres, une vieille rosse
Ereintée sur laquelle s’acharne un cocher brutal. La pitié l’envahit.
Sanglotant et avec un geste protecteur, il se jette au cou de la bête martyrisée.
Il s’écroule. » (1)
« Ne pas continuer à créer là où sont les limites ! mais là où est l’avenir de l’homme !
Il faut alors beaucoup d’images d’après lesquelles on puisse vivre ! » (2)

 

 

Un dernier film est souvent pris comme une œuvre ultime. Y compris lorsqu’elle est le fait de la fatalité ; davantage lorsque ce terme est arbitraire. Le film est alors vu comme une somme. Un solde de tout compte qui signe d’une autorité totale le parcours artistique et politique d’un réalisateur. Il est également ce qui balaye l’œuvre de l’artiste, tel un vent violent, impétueux, qu’on ne pourrait circonscrire. Un vent salvateur, qui souffle sans discontinuer, et qui habite la dernière réalisation de Tarr, comme une invisible mais terrible présence qui saurait trouver dans le cadre contrasté du cinéaste hongrois, l’espace de son omnipotence.

Car cette œuvre de Tarr, une des plus riches et paradoxalement des plus abordables de tout son corpus, sera la dernière. L’abdication d’un artiste est toujours le summum du romantisme, puisqu’elle est la ténébreuse victoire d’un réel impitoyable sur l’art et son expression intime. C’est du moins comme cela que Tarr aborde sa démission : la peur d’un égarement esthétique –mais aussi politique- qui le ferait tourner en rond, lui faire refaire ce qu’il a déjà fait, mais pour des raisons de lucre plus que de routine ou d’univers artistique. La peur d’être finalement un Sisyphe à la solde d’un confort de cinéaste. C’est ce qu’il met en avant, ce autour de quoi il argumente pour justifier sa propre fin. Et pour finir, offrir un ultime souffle, un dernier éclat avant la nuit et ces ténèbres que sa caméra a toujours su si bien ciseler.

Comment comprendre ce terme ? Faut-il y voir qu’il n’y aura aucune postérité, aucune œuvre postérieure, c’est-à-dire qu’il ne pourra plus y avoir d’autre film que ce dernier-là ? Une impossibilité d’aller au-delà d’un film-somme qui contiendrait en les parcourant, les différentes œuvres du cinéaste hongrois ? Lire la suite »