Deux jours, une nuit

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« Passée de la dépression à la révolte contre l’injustice et les ordures qui la font prospérer, Sandra a ressoudé les liens de solidarité que l’entreprise avait détruits. Elle a créé du possible. Les révolutions ne commencent pas autrement. » (I. Régnier, « Deux jours, une nuit », Le Monde)

A chaque fois qu’on lit un critique de cinéma français en ce moment, on a envie de le corriger.

On lit ça et on se dit: elle n’a pas vu le film.

- Sandra ne ressoude pas les liens. Elle est un principe de division. Elle n’arrête pas de le dire : « Où que j’arrive, ça se bagarre », le fils et le père, le mari et la femme; elle provoque même un divorce. Quand elle quitte son entreprise à la fin, elle a divisé le groupe: d’un côté les « oui », de l’autre, les « non ». C’est le patron qui veut rétablir la paix dans sa petite entreprise, en lui offrant de rester.

- La révolution, il faut encore le rappeler, c’est l’impossible, ce qui échappe à la situation et non pas le possible. Le possible, tout le monde l’invoque. Les mecs et les femmes à qui elle demande de voter pour elle disent toujours ce n’est pas possible, parce que le principe de leur action, de leur conduite, c’est le possible: il faut payer le gaz, l’électricité, la maison, les crédits, les études de la fille… Le possible, c’est le principe qui guide tout le monde. Au fond tous ceux qui refusent sa reprise ne disent pas autre chose que les politiques, les économistes. L’économie fait loi. On n’est donc pas dans le politique.

- La révolution, comme disait Alain Badiou, c’est passer de l’impuissance de la dépression à l’impossible.

- Les seuls liens que le film renforce, ce sont les liens entre Sandra et son mari. Le film ne redonne pas confiance dans le monde, dans la politique. Il redonne confiance à Sandra, qui se sent assez forte pour aller chercher un autre boulot, oubliant le principe qui lui avait fait refuser la proposition de son patron (« si j’accepte, un autre perdra son boulot »).

Autrement dit, la morale du film, c’est que le chômage, c’est la faute des travailleurs.

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