Série : De la pratique et de la contradiction

Description

Redoubler d’attention: autour du voyage temporel

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Noémie Lvovsky n’a pas refait Peggy Sue Got Married. Elle se souvient peut-être l’avoir aimé. Comme beaucoup, comme certains. Et au fond, qu’est-ce que ça peut bien nous faire  ? Dans Camille redouble, le personnage de Noémie retourne en 1985 ; et, en 1985, Peggy Sue n’est pas encore sorti. Laissons ces querelles de bénitiers ou ces suspicions de remake inavoués (ou de droits inavouables) à ceux qui s’y intéressent en feignant de s’en désintéresser.

Il n’y a pas lieu de parler de remake ou de copie ou de ré-édite. La réponse est dans le titre. Noémie Lvovsky a redoublé Peggy Sue. Elle ne l’a pas refait : elle l’a redoublé. Redoubler ce n’est pas « remaker », refaire ; redoubler, c’est réaliser à nouveau la même chose différemment, c’est emprunter un chemin familier conscient de revisiter ses pas. Lorsqu’on remake, on reprend à zéro, on part d’une tabula rasa qui élimine la conscience de ce qui a été fait auparavant ; ou, du moins, on souhaite vivre dans l’illusion que ce qui nous précède n’existe pas. C’est le principe du remake, cette idée que ce qui a été avant n’est plus le temps que l’on refait. Lire la suite »

La Blessure / Marie Antoinette

La Blessure de Nicolas Klotz, Marie Antoinette de Sofia Coppola : à un an d’intervalle, les deux films utilisent la même chanson de Ian Curtis, « Ceremony », dans la version de Joy Division (La Blessure), ou dans celle de New Order (Marie Antoinette).

Dans le Klotz, c’est une réunion de sans-papiers : l’évacuation du squat est imminente, par peur d’une intervention de la police ; on échange des cigarettes en causant de plans boulot ; on fait venir des fringues pour les filles, qu’elles essaient en riant même si elles se plaignent de se sentir toutes nues dedans (c’est normal, c’est pour les faire travailler dans un bar). […]

Eyquem

La suite de l’article est disponible dans le n°1 de Spectres du cinéma papier sur le site des éditions LettMotif.

Subversion du visible

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Sur le tarmac de Roissy, Blandine a cessé d’être. Elle a cessé d’être Blandine. Là, ici, dans ces interstices inabordables, ces espaces privés de visibilité, elle a cessé d’exister pour un temps. Ou plutôt, quelque chose lui a été ravi, quelque chose de précieux, quelque chose à quoi la totalité de son être était rattachée. Dès lors, son image s’efface, petit à petit, pour se confondre finalement avec ces lieux où l’on ne voit pas, que l’on ne voit pas, où il ne faut pas voir. Elle n’existe que dans ces zones d’invisibilité, ne survit donc qu’à la condition de s’y fondre, de se priver de toute apparition. […]

Lorin Louis

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Tomber et se rétablir. A propos d’une danse dans Paria

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Paria s’ouvre sur une danse.

Une performance corporelle quelque peu sibylline et étrangère, visuellement et physiquement très forte, que la granulosité de la définition numérique et la prise directe, vivante, accentuent davantage.

Un corps qui s’accroche, qui se balance et chute, le long du mur froid d’un couloir de métro. Il tombe lourdement, suivant la courbe, l’inclinaison que lui imprime la surface contre laquelle il s’appuie. La fluidité de la souplesse est rompue par la surdité de la chute sur le sol, le souffle coupé.

Violemment sensible, cette danse est une expérience totale. […]

Lorin Louis

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Ce qu’ils sont

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Déambulation dans les interstices de lieux sans vie, sans couleur. Une froide représentation d’un espace d’errance que peuplent des créatures mutiques et désolées. Des êtres qui habitent ces endroits oubliés, y existent, se rencontrent parfois. Et des lignes de fuites dans ces dessins gris d’une urbanité clandestine, de cet univers interlope que traversent des visages nomades et anonymes. L’impression première à la découverte de ce peuple improbable, de ces corps posés là, est une répulsion qui finit par rejoindre cette crainte liée à l’impossibilité de cerner, de saisir ces figures. Ou peut-être à l’inquiétude d’être saisi par elles. […]

Lorin Louis

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Zombies qui laissent à désirer

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Et, car, parce que, quoique, ainsi, toutefois, de plus, mais, en effet, comme, c’est-à-dire, cependant…

Supposons un texte délesté de tout ce petit bois, ces courts mots de liaison coupés puis balancés par-dessus bord. Non, pas seulement un écrit (celui sur Moloch qui ouvre le film, par exemple) : un film. Voilà un peu comment s’articule Zombies. Désarticulé, il s’avance tel un rébus, une concaténation d’images, de textes limpides ou énigmatiques. « Spectres », le texte de Nicolas Klotz, s’approche également de cette écriture lapidaire couchée sur le papier, qui tranche dans le vif, à la serpe, ou plutôt à la hache. Lire la suite »

Je marche avec les zombies

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Le film Zombies, comme l’indique son nom, s’attache à ne rien faire renaître. Il cherche à donner refuge à ce qui, monstrueux, survit toujours dans les interstices de la vie et de la mort. Baignés d’une claire obscurité, entre visible et invisible, de jeunes gens habitent les plans. Ils y jouent un étrange rituel de séduction ; attirant vers eux ceux qui les regardent, sans appel. Lire la suite »