Série : Au cinéma

Description

Monument au fantôme

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Je reviens de Houston, où j’ai suivi Jack au milieu des buildings, dans le quartier des affaires. J’aime autant vous dire que c’est l’homme le plus difficile à filer depuis Arkadin : une fois dans le centre, une fois à l’autre bout de la ville, quand ce n’est pas plus loin, et tout ça sans jamais prendre la voiture. Son truc à lui, ce sont les passerelles et les ascenseurs, des elevators magiques qui décollent de Houston et volent jusqu’à Dallas – ou au-delà. Ça n’a pas été une mince affaire mais je crois bien avoir retracé l’essentiel de ses trajets urbains.

On sait que la grande ville de verre qu’on voit au début de Tree of Life, c’est Houston, Texas. Mais ça ne me suffisait pas, j’ai voulu y voir de plus près et retrouver les lieux traversés par Jack. Alors je vous emmène refaire la balade. Tout le monde aime voyager, surtout quand on n’a pas besoin de se lever de son siège.  Et puis ça intéressera peut-être quelques-uns – à part les Houstoniens bien sûr, ce qui nous laisse quand même une marge. Lire la suite »

Où regarde-t-on quand on parle ?

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Certainement, l’univers créé est mal pensé, le récit convenu, les acteurs sans éclat, l’imagerie numérique vraiment laide. Certainement, puisqu’on le dit. Ça ne m’a pas empêché de prendre un certain plaisir à After Earth, parce que c’est un film de voix et qu’un film de voix ne peut être complètement raté. Shyamalan a toujours fait un usage intéressant des voix dans ses films. Je pense aux effets qu’il tirait des voix off dans Incassable et qu’il exploite à nouveau ici, ou à la diction très particulière qu’il impose à ses acteurs, depuis Sixième Sens. Je n’irai pas jusqu’à dire que ses derniers films, à défaut d’être de bons films, feraient d’honorables « dramatiques radio », comme le suggèrent en plaisantant les auteurs de cet article, mais l’idée a le mérite d’attirer l’attention sur ce qui fait l’intérêt d’un film comme After Earth.

Ceux qui ont vu Phénomènes se souviennent peut-être de la dernière scène. Mark Wahlberg et Zooey Deschanel s’étaient réfugiés dans deux abris différents, reliés par un tuyau dont l’acoustique donnait l’illusion de la présence de l’autre : l’autre, absent, lointain, était seulement présent par et dans sa voix, toute proche, comme s’il était là. Une belle scène. After Earth est pour ainsi dire une extension de cette scène sur la durée d’un film. Le père (Will Smith) se retrouve cloué dans un fauteuil au bout d’un quart d’heure de film (le pauvre n’a même pas Grace Kelly pour lui tenir compagnie). Il envoie son fils à l’autre bout de la vallée, chercher une balise de détresse ou quelque chose de ce genre, de toute façon on s’en moque, ça n’a aucun intérêt. L’intérêt, c’est que cette situation permet de développer tout un jeu de présence/absence à partir de l’utilisation des voix : tandis que le fils erre seul dans la forêt, le père reste présent près de lui grâce à un émetteur qui fait entendre sa voix. Lire la suite »

Les oiseaux d’Arabie : Independencia au Centquatre

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Depuis que j’avais lu quelques lignes à propos de ce film, j’avais envie de le voir.

Je parle du film les oiseaux d’Arabie, de David Yon. Sur le site de la revue Dérives, que j’aime beaucoup, il y a ses notes de travail, l’évolution du film. Le film a été sélectionné au FID à Marseille, puis il a reçu le prix du court-métrage aux « Écrans documentaires », à Arcueil. Il allait bien finir par passer à Paris. Comme je suis d’assez près les aventures d’Independencia, j’ai tout de suite vu qu’il allait passer dans le cadre de leur résidence au Centquatre, ce fameux haut lieu de l’art en train de se faire à Paris. Pendant quelques jours, je ne trouvais pas la projection sur le site du Centquatre, puis elle fut annoncée. J’ai eu peur le matin, en vérifiant l’heure et le lieu, car elle était annoncée sur Independencia pour le « dimanche 8 h au Centquatre ». Je veux bien me lever tôt, mais c’était vraiment tôt pour une séance de cinéma. Ça devait être une étrange contraction pour « dimanche 8 novembre 15 heures ». Lire la suite »

Au cinéma, tous les jours. Entretien avec Ivan Sougy et Steve Gallepie

CNP Odeon en greve

L’actualité cinéma de la fin d’été et de l’automne aura été « riche » à Lyon. Fin août, la salle du CNP (pour Cinéma National Populaire) Odéon, l’une des salles de cinéma les plus anciennes de France, fermait ses portes de manière scandaleuse. En patron voyou, Galeshka Moravioff profitait de la fermeture annuelle du cinéma pour faire vider la salle sans en avertir les employés qui le découvrirent quelques jours plus tard en même temps qu’ils venaient reprendre normalement leurs fonctions que, bien sûr, ils ne pourront reprendre. Dans la foulée, le 5 Septembre, une journée de mobilisation est organisée avec les moyens du bord par les employés des CNP et quelques cinéphiles lyonnais. A cette occasion, les CNP sont en grève (deux autres salles dans Lyon) et quelques films sont projetés pour la dernière fois dans une salle de l’Odéon désormais en friche mais quasiment pleine de spectateurs. Mi-octobre G. Moravioff signale à Marc Artigau, directeur chevronné de la programmation des CNP depuis de très nombreuses années, sa mise à pied conservatoire en vue d’un licenciement pour fautes graves, le PDG des CNP comptant reprendre la main sur la programmation de ses salles. Neuf autres postes sont supprimés dans les deux CNP restant, en particulier tous les postes de contrôleurs. Au même moment se tient à Lyon la première édition du Festival Lumière organisé en grande pompe par la ville et l’Institut Lumière. Un festival vitrine censé « commémorer » une fois par an le cinéma. Impossible de ne pas voir dans le télescopage de ces deux faits d’actualité de l’automne, une sorte de coïncidence fatale, un reflet on ne peut plus juste de l’absurdité de la situation à Lyon où, comme partout ailleurs, un certain cinéma de proximité quotidien disparaît au profit des grosses machines commerciales et institutionnelles avec l’accord des politiques culturelles locales. Il n’est pas inutile de préciser qu’à cette actualité cinématographique, est venue s’ajouter au même moment la reprise d’une importante grève des TCL (Transports en Commun Lyonnais), autre combat social de longue haleine contre une direction bien peu soucieuse de ses employés. La crise des merveilleux petits tramways électriques lyonnais rejoignait la crise des CNP.

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