Série : Admiration de…

Description

Be my only, be the water where I’m wading

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Cette scène, c’est la plus belle scène du monde.

En sortant du film, j’avais en tête cette musique, préparée platement par la vision de la bande-annonce (où elle accompagnait alors plusieurs moments, notamment une manifestation). Après avoir vu le film, elle est restée si profondément en moi que je l’ai écoutée en boucle. Mais la musique a tout perdu en quelques écoutes, réduite à un squelette rythmique et une voix mécanique. Et puis, j’ai revu cette scène. Tout est revenu, dans un grand flot d’émotions.

Bouleversement.

Pourquoi cette petite scène est-elle si forte ? Lire la suite »

Jean-Daniel Pollet

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La revue en ligne Débordements publie depuis quelques mois le travail préparatoire à une biographie de Jean-Daniel Pollet que mène Jean-Paul Fargier. Ce sont des textes passionnants pour tous ceux qui aiment Pollet et le cinéma. Certains films de Pollet sont accessibles en ligne pour l’instant (à la date du 27 octobre 2013) et la revue Dérives a publié de nombreux textes et réflexions sur le travail de Pollet. Réunir les liens vers les textes et les liens vers les films… Lire la suite »

In memoriam

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Photo prise par Marie Rivière, actrice du Rayon vert, pendant le tournage de son documentaire En compagnie d’Eric Rohmer. Nous la remercions de nous l’avoir confiée.

Admiration de Terrence Malick : From the Burial to the Wonder

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Le prochain film de Malick s’intitulera To the Wonder.

Ce changement (on le connaissait jusque là sous le titre The Burial) est tout simplement étonnant ; merveilleux ; un acte de création. On passe du sombre, du tragique, à l’émerveillement, à l’étonnement. Qu’est-ce que ça signifie ? La question est simple, la réponse plus encore. Tout le cinéma de Malick met en scène ce passage ; mieux, tout le cinéma est ce passage.

Le film The Tree of Life, si vous vous souvenez, ne raconte que le passage du burial au wonder, le passage de la mort, des funérailles, de l’enterrement, au merveilleux, au prodige, au miracle, des images de la résurrection. Qui ont fait se marrer les idiots, ceux à qui on ne la fait pas ; que foutent-ils donc au cinéma ?

Quoi de plus émerveillant, de plus étonnant. Qu’est-ce qui nous pousse le plus à nous interroger, à nous poser des questions sinon ce devenir, sa possibilité. Lire la suite »

Takeshi Kitano. Kitano entre le réel et sa représentation

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Kitano entre le réel et sa représentation

Achille et la tortue, ou « ma vie dans l’art »

Achille et la tortue raconte les déboires d’un peintre raté qui n’arrive pas à vendre ses toiles. Le personnage s’appelle Machisu, ce qui est en fait la prononciation japonaise de Matisse. Achille et la tortue est donc un film sur l’art, que Kitano a d’ailleurs sous-titré « une histoire cruelle de l’art ».

Mais précisons : le double usage du mot ART, par lequel le français désigne indifféremment les seuls arts plastiques ou toutes les formes de pratique artistique, permet ici un raccourci productif. On sait que Kitano est peintre, mais il l’est à peu près autant que Ingres était violoniste. Son médium majeur est l’audiovisuel : cinéma et télévision, et l’acte de peindre dans le film renvoie de manière transparente à la fabrication d’images animées. Lire la suite »

Nicholas Humbert et Werner Penzel

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Nomad’s Land

Middle of the Moment
« Un cinépoème à propos de la vie nomade », c’est comme ceci qu’est présenté le documentaire Middle of the Moment (1995) de Nicolas Humbert et Werner Penzel sur la couverture de son édition DVD. Il n’y a pas plus périlleux pour le cinéma que de vouloir se frotter au nomadisme, à une forme de vie humaine qui échappe ne serais-ce qu’en terme d’espace et de temps – composantes ontologiques du cinéma – aux voies tracées par la société auxquelles peu d’entre nous échappent réellement.  Ce film est donc un fil, et les deux cinéastes avancent dessus à la manière de Johann le Guillerm, le funambule du cirque dont ils enregistrent l’une des représentations. Ce fil est noir et blanc, fragile ficelle composée d’un tressage de trois « vies », celle de la troupe O Cirque, celle d’une tribu de touaregs sud-sahariens et celle du philosophe et poète Robert Lax. Alternance, donc, de trois situations bien distinctes que le montage vidéo et sonore vise à fusionner en un seul monde dans le monde que l’on pourrait appeler « monde nomade » ou nomad’s land. Singularités, à ressentir dans tout ce qui émane des situations, et identité, esthétiquement renforcée par le choix du noir et blanc couvrant l’ensemble des images du film. Le mot important est « situations », je crois. Il y a dans ce mot rassemblés unités de lieu, de temps et d’action. Le film est bien une succession de « situations » prises sans le désir de les exposer aux spectateurs mais plutôt celui de les y immerger, de les y précipiter, d’être avec (les différents protagonistes). Doucement, lentement, cependant. Dans un plan seulement, plus classique, rappelant que l’on se trouve dans un documentaire – catégorie dont les cinéastes fuient ostensiblement les préceptes les plus figés et anciens -, un touareg nous explique face à la caméra la raison du futur déplacement de sa caravane. La caméra nous introduit en plans fixes au cœur des gestes des uns et des autres, chaque action d’ordinaire minuscule acquière, par sa place centrale dans les plans, une force nouvelle dans son exécution par elle-même, pour elle-même ; creuser, souffler, marcher, épousseter, aiguiser… S’entrelacent les images de montage et démontage d’une maison touareg dans le désert et d’un chapiteau de cirque sur une place pavée à la périphérie d’une ville, toujours avec cette idée de faire se juxtaposer les situations, de rechercher le lointain dans le proche et le proche dans le lointain, ainsi de rompre ici avec l’exotisme, là avec le mépris. Humbert et Penzel nous suggèrent en images que, sans nécessairement avoir une dimension sacrée, les gestes quotidiens, mesurés, du nomade sont la part la plus importante de lui-même, de sa vie, en ce qu’ils sont ce qui le rattache concrètement au monde. Austère, la vie nomade ?

Certainement, s’il l’on en juge par ce qui se dégage des trois situations mises en présence. Mais cette austérité, nous disent les cinéastes par leurs choix de point de vue filmiques, n’est peut-être qu’une illusion si l’on se place à l’échelle élémentaire des nombreux actes banals d’un quotidien pleinement vécu et ne demandant qu’à être enchanté dans sa répétition, sa circularité. Si l’on tient à maintenir le constat d’austérité, tout au moins celle-ci se révèle être une aubaine, une incroyable force créatrice. C’est, par exemple, le funambule qui transforme ses gestes en autant de tours de passe-passe, ou le poète qui, jonglant avec quelques mots seulement, se transforme en philosophe du temps. Ces artistes vont puiser dans le ravissement de leur quotidien la matière de leurs performances. Afin d’illustrer cette idée que « l’Imagination peut être définie comme l’usage que la Raison fait du monde matériel », Emerson comparaît déjà en son temps la « muse impériale » de Shakespeare à un jongleur qui « jongle avec la création comme avec une balle et s’en sert pour incarner n’importe quel caprice de sa pensée qui prédomine en son esprit. » Plus sobrement que dans le >Bandwagon de Vincente Minnelli et son « the world is a stage, and the stage is a world of entertainment », s’attachant aux petites choses sans passer par d’incroyables ballets exubérants, Middle of the moment donne à percevoir par fragments, par instantanés, l’échange qui s’effectue entre l’artiste et le monde du fait du rapport libre qu’entretient le premier dans le présent du second. Dans Step across the border (1990), les deux cinéastes, en se bal(l)adant avec le musicien anglais Fred Frith enregistraient le mélange de la vie avec le travail de l’artiste. Ils filmaient le monde et restituaient magnifiquement par un montage visuel et sonore libre quelques tendances de la musique improvisée de Fred Frith et ses compagnons de route. Celui-ci livrait devant la caméra cette maxime qu’il a faite sienne, du photographe Henri Cartier-Bresson : « Photography is a way of shooting, of freeing oneself, not of proving or asserting one’s own originality. It is a way of life. » Ainsi que le saltimbanque cherche de nouveaux tours avec quelques objets usuels dans Middle of the moment, Fred Frith « reproduit » des gestes quotidiens sur ses instruments de musique afin d’abstraire d’intenses nouvelles sonorités s’échappant de la vie même. Par ailleurs, le musicien considère ses instruments comme doués de la parole, parfois c’est un cri animal qui semble même s’évader de ceux-ci, comme ces couinements d’un violon évoquant ceux d’une petite souris.

Middle of The Moment

Ce lent processus d’accouchement artistique peut renvoyer à celui du dromelon, aidé à sortir de la mère puis à tenir sur ses pattes encore frêles et à faire ses premiers pas par les touaregs, nomades pour qui le quotidien, ses gestes, ne renvoient plus qu’à eux-mêmes et à leur aspect utilitaire. La caméra des cinéastes se fait œil, enfantant dans la beauté et la noblesse ce qui fait l’ordinaire du touareg. En effet, comme un œil dans la nuit, lorsque, sur l’écran, troubadours et enfants du désert se retrouvent pareillement autour du feu, qu’ils soufflent sur ses flammes afin de le maintenir embrasé, que des visages pleins d’intensités se dessinent alors dans l’obscurité.

one moment passes

another comes on

how was was

how is is

how will be will be

was wasn’t

is isn’t

will be won’t

Robert Lax

JM

Le Petit Pan de mur blanc de Pedro Costa

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Pedro Costa, c’est quelqu’un de discret.

Gageons qu’il n’éprouve aucun plaisir particulier à s’entretenir avec nous. Quand il raconte son passage du tournage professionnel à l’artisanal, du 35 mm au numérique, il ne cherche pas la bonne formule, il ne vous tient pas de grands discours sur l’ontologie du cinéma ou l’esthétique de la pauvreté. Il vous dira simplement que dans le quartier de Fontainhas, il n’y avait pas la place pour les camions de la machinerie. Il aurait fallu élargir les ruelles pour les faire passer. Et puis même, il avait essayé, ça posait problème, ces puissants projecteurs qui éclairaient tout le quartier. Ça réveillait les types qui devaient se lever à 4h du mat’ pour aller bosser. Alors, on pouvait certainement s’en passer. […]

La suite de l’article est disponible dans le n°1 de Spectres du cinéma papier sur le site des éditions LettMotif.