Be my only, be the water where I’m wading

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Cette scène, c’est la plus belle scène du monde.

En sortant du film, j’avais en tête cette musique, préparée platement par la vision de la bande-annonce (où elle accompagnait alors plusieurs moments, notamment une manifestation). Après avoir vu le film, elle est restée si profondément en moi que je l’ai écoutée en boucle. Mais la musique a tout perdu en quelques écoutes, réduite à un squelette rythmique et une voix mécanique. Et puis, j’ai revu cette scène. Tout est revenu, dans un grand flot d’émotions.

Bouleversement.

Pourquoi cette petite scène est-elle si forte ?

Pourquoi Adèle qui danse est-elle si émouvante, pourquoi semble-t-elle renfermer en elle tous les possibles de la vie, toute l’intensité des émotions à vivre ?
Quelques pas de danse réservés et déliés. Les joues rondes qui pourraient rougir. Les lèvres qui forment les mots distraitement, en articulant à peine, un souffle seulement. Toute d’intériorité, en même temps souriante et dans le mouvement des filles qui l’entourent. Présente, timide, sans séduction mais enrobant tout de la pureté de ses mouvements. Elle est la grâce non feinte, évidente, naturelle. Le montage est magnifique. Un aller-retour discret. Un moment on est à l’épaule d’Adèle, dans sa danse, jamais si près qu’on soit dans son intimité, mais assez proche pour sentir ce qui la meut, puis on la voit de loin, entre les têtes et les bras flous de ceux qui l’entourent, on la devine souriante, elle nous apparaît puis disparaît, on est le regard de l’autre, des autres, de la vie, ce qui l’attend, ceux qui l’attendent, lointains et si proches. Moments très courts, on la retrouve, dansant avec deux amies, connivence forte des années de jeunesse, de profil, de face. Et puis elle ouvre les bras, tourne, il n’y a plus qu’elle mais le monde ne disparaît pas, un tourbillon tranquille, elle est en elle-même, elle est présente aux autres, présente à nous mais aussi mystérieuse et inaccessible.
Le dernier plan, large, sur la petite maison de la banlieue lilloise, avec le séchoir à linge en avant plan. Le monde d’Adèle, si fort, si émouvant, infini et riche comme l’univers, cette fête toute simple, son anniversaire, c’est la vie, la vie des gens qui sont là, simplement, et c’est magnifique.
Les légères ellipses du montage sont admirables. Au premier plan Adèle entre dans la musique, c’est une introduction, mouvement lent, peu de rythme, les bras d’Adèle sont la rivière. Elle est la seule à être dans le glissement de la musique, autour d’elles, les autres filles sautillent. On est avec elle dans l’espace retiré qu’elle crée entre elle et la musique. Deuxième plan, légère ellipse, sans doute une autre prise. La coupe arrive au moment du changement de rythme, « I I follow », Adèle colle à la musique d’un plan l’autre, légère discontinuité des mouvements, nous sommes dans un temps différent de celui de la musique, différent de celui de la fête. Puis les plans se succèdent à nouveau sans ellipse, il y a sans doute deux caméras qui filment Adèle de face et de profil, la musique et elle forment un seul corps. Juste avant qu’elle ne commence à tourner, les coupes instaurent à nouveau des fines ruptures. Adèle nous tourne le dos, on la retrouve de face, elle tourne et on ne sait plus qui l’entoure. Et le regard timide qu’elle jette un instant à celui ou celle qui est devant elle, avant que ses yeux retombent rougissant, n’est destiné à personne. Ou peut-être est-il destiné à tout le monde, à tous ceux qui l’entourent.
Filmer ainsi une fête, la danse, comme un aller-retour pudique entre le monde intérieur d’Adèle et sa présence aux autres, chacun se nourrissant de l’autre, c’est construire une belle idée de la fête.

Oh, I beg you, can I follow?
Oh, I ask you, Why not always?
Be the ocean, where I unravel
Be my only, be the water where I’m wading
You’re my river running high, run deep, run wild
I, I follow, I follow you
Deep sea baby, I follow you
I, I follow, I follow you
Dark doom honey, I follow you

He’s a message, I’m the runner
He’s the rebel, I’m the daughter waiting for you
You’re my river running high, run deep, run wild
I, I follow, I follow you
Deep sea baby, I follow you
I, I follow, I follow you
Dark doom honey, I follow you

You’re my river running high, run deep, run wild
I, I follow, I follow you
Deep sea baby, I follow you
I, I follow, I follow you
Dark doom honey, I follow you

I, I follow, I follow you
Deep sea baby, I follow you
I, I follow, I follow you
Dark doom honey, I follow you

Songwriters
Nowels, Rick / Zachrisson, Lykke Li Timotej / Yttling, Bjorn Daniel Arne

Adèle Mees-Baumann

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