Tous les articles de Raphaël Clairefond

Pater

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« Je vous ai compris ! »

Pater célèbre d’abord la rencontre de deux hommes autour d’une table, deux corps et deux voix de cinéma qui nous sont devenues familières. Et de fait, du premier au dernier plan, nous resterons, d’une certaine manière, en famille. Dans ce nouveau film-essai, tourné avec quelques caméras DV, Cavalier poursuit son travail de cinéaste solitaire en accueillant dans son cocon intime un nouveau venu et quelques hommes de main. Son timbre suave et délicat vient se frotter à la rudesse à fleur de voix de Vincent Lindon. De manière purement arbitraire, le premier fait du second une sorte de fils d’élection. Élection au sens propre, puisque Cavalier a décidé de jouer au Président de la République ; à Lindon de faire le Premier ministre qui se présentera contre lui (il y a du Mitterrand-Chirac dans cette rencontre). Lire la suite »

Hervé Guibert au travail

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La première rétrospective d’Hervé Guibert à la Maison Européenne de la Photographie est l’occasion de revenir sur le travail de celui qui fut photographe, journaliste, écrivain, et, finalement, cinéaste.

Le bel Hervé

Qui était Hervé Guibert ? C’est une question à laquelle il aura répondu, mieux que n’importe quel biographe. On ne pourra pas dire qu’il n’aura pas tout fait pour faciliter la tâche de ses exégètes. Souvent, on se souvient de lui comme d’un bel homme. Oui, il était réputé pour son élégance, son allure de dandy, et sa beauté “classique”. Un éphèbe, une gueule d’ange… Bref, de quoi s’attirer le succès, la célébrité et une mort précoce. Mais évidemment, Guibert n’était pas juste “beau”. Au-delà de l’harmonie séduisante de ses traits, ce qui rend son visage si fascinant, c’est qu’il se livre à notre regard d’un bloc, lisse comme le marbre. Et même les images précédant sa mort révèlent un visage certes émacié, parfois grimaçant de douleur, rongé par le sida, mais dont les traits restent francs et nets. Un visage, pour ainsi dire, sans bavures. Il y a aussi dès le début de ses autoportraits (qu’il a pratiqués toute sa vie) quelque chose de très frontal dans son attitude et dans son style, même quand il se photographie dans une glace et de biais. Il donne l’impression de quelqu’un qui n’a rien à cacher ou du moins qui voudrait se présenter comme tel. On lit dans son visage, c’est le cas de le dire, comme dans un livre ouvert. Lire la suite »

Joël Pommerat, ou le théâtre de la cruauté en temps de crise : Ma Chambre froide

« Ma Chambre froide », par Joël Pommerat

Joël Pommerat présente en ce moment sa dernière création, Ma Chambre Froide, aux Ateliers Berthier de l’Odéon. Il fait depuis quelques années partie des valeurs sûres du théâtre contemporain (avec Mwouawad, Warlikowski, Castellucci, Ostermeier, Fisbach, Fabre, Marthaler…), de ceux qui sont invités chaque année dans les théâtres et les festivals du monde entier. Pour les néophytes, dites-vous que si Pommerat était cinéaste, il aurait son dernier film systématiquement à Cannes ou à Venise. La comparaison n’est pas hasardeuse, si nous pensons à lui par ici, c’est qu’il est un des metteurs en scène dont le style s’inspire et se rapproche le plus du cinéma contemporain. Les nombreux noirs entre chaque scène figurent autant de coupes de montage, l’usage de micros rompt avec une certaine tradition déclamatoire du jeu d’acteurs au théâtre et ses plateaux tournants extirpent le spectateur de son point de vue figé. Autant de partis pris qui ouvrent un horizon cinématographique au travail de Pommerat. Surtout, il partage avec Castelluccci ce goût de la vision pure et pratique l’art de la mise en scène en esthète pour qui le travail de la couleur, des lumières, du son sont aussi importants que la direction d’acteur. Lire la suite »

Carrie White au bal des vampes pires

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De temps en temps, il est bon de se reposer une question toute bête : pourquoi continuer à aller au cinéma ? Voir des films ne devrait jamais devenir une pratique routinière, venant se greffer au travail et au reste. Le cinéma n’est pas un besoin comme un autre. Y aller par habitude, comme on va manger ou pisser, c’est déjà un peu le négliger. Ça fait plus d’un siècle maintenant qu’on s’y rend pour se divertir, draguer, manger du pop corn, se vider la tête, rigoler, frissonner, voyager, réfléchir… Il y a beaucoup de plus ou moins bonnes raisons de passer du temps dans le noir. Plutôt que de me perdre en généralités sociologiques sur le spectateur et son expérience, je me bornerai à répondre à la question en employant la première personne du singulier. Aujourd’hui, quand je vais au cinéma, j’attends d’être surpris, c’est-à-dire que j’attends du film qu’il dirige mon regard sur des formes, des récits, des rythmes, des idées, des agencements qui n’ont jamais été représentés de cette manière au cinéma, ou alors, j’attends qu’au moins le cinéaste dévie un peu son sujet de sa route initiale ou de celle qu’il est censé emprunter. Lire la suite »

Miroir, mon beau miroir…

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Somewhere (S. Coppola)

Puisqu’il y a les “pro” et les “anti”, disons tout de suite que chez les Spectres, on a pas beaucoup aimé Somewhere. Et pourtant nous avions envie d’en parler (voir le forum), c’est donc qu’il en reste quelque chose. Mais plutôt que de s’appesantir sur les faiblesses du film que certains considèrent comme des forces, parlons plutôt d’un des rares plans du film qui parvient à sonder la torpeur légère du personnage.

Il s’agit d’un lent zoom sur le visage de Stephen Dorff recouvert de plâtre pour le moulage d’un masque. On entend en bruit de fond le ronronnement d’une soufflerie et la respiration légèrement hachée du personnage à qui on a gentiment laissé deux petits trous comme on fait quand on enferme une souris dans une boîte en carton (1).

Mais après tout pourquoi « sauver » ce plan plutôt qu’un autre ? À première vue, pas de raison. Le film de Sofia Coppola est peut-être lent, mais elle tire ses idées plus vite que son ombre. Depuis le premier plan du circuit automobile, on a compris : la star est enfermée dans son petit monde, elle est coupée de la réalité et glande sur le canapé de sa prison dorée, inerte. À la sacro-sainte règle du « un plan = un idée », Coppola préfère substituer l’option sécurité : « trois plans (pour ne pas dire un film) = un idée ».
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Oncle Boonmee

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Un couple parmi d’autres est allé voir Oncle Boonmee. Récit.

Elle pousse difficilement la lourde porte de sortie et vacille sous le poids de l’intense lumière blanche. Il lui emboîte le pas. Elle sent dans son dos les frémissements d’un ricanement prêt à jaillir et qui annonce probablement une pauvre vanne moquant la faiblesse physique bien connue des bonnes femmes. Avait-il compris qu’elle n’était pas d’humeur ? Toujours est-il que pour une fois, il s’abstint. Avant même que les lumières de la salle de cinéma ne se rallument, elle avait bien compris qu’il était d’humeur sarcastique. Lui, de son côté, avait aussi senti qu’elle avait été émue, très émue par le film. Mais qu’il ne s’avise pas de parler de sentimentalisme, ça la mettrait très en colère. Les noms thaïlandais achevaient lentement leur ascension. Ils restaient silencieux, face à la toile, sans se regarder. Ils se connaissent assez pour n’avoir pas à se dire les choses dans la seconde. Après avoir aussi sagement attendu la fin du générique, il avait attrapé sa veste. C’était évident, elle, n’avait pas envie de se lever, pas envie de quitter l’écran. À la fin du film, le vieil oncle mourant retourne dans une grotte qui pouvait fort bien symboliser le ventre d’une mère. Retour aux origines, etc. Le vieil oncle se recroqueville contre une des parois pour laisser s’écouler les dernières gouttes de vie qui lui restent. Comme par mimétisme, elle s’était repliée au fond de son siège, presque en chien de fusil, comme un enfant prostré serrant très fort son doudou en suçant son pouce. Et comme le vieillard, elle se sentait en sécurité dans cette grotte de cinéma. Probable, qu’elle aurait voulu ne jamais en sortir. Mais les lumières ont fini par se rallumer et les agents auraient fini par la mettre à la porte, parce qu’autrement il faudrait payer plusieurs fois pour voir plusieurs fois le même film et elle n’avait pas « La Carte ». Bonne fille, elle s’était dirigée vers la sortie. Lire la suite »

Continue ? 9, 8, 7, 6…

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Scott Pilgrim (E. Wright)

Voici venu Scott Pilgrim, héros canadien d’un film sorti sur le tard en France et en catamini, un peu comme American Trip quelques mois plus tôt. Il paraîtrait que les salles n’en veulent pas, ce dont on peut s’étonner au vu du « potentiel marketing du produit » : un teen-movie adapté d’une BD qui se déroule sur fond d’épopée rock, le tout revisité par les codes du jeu vidéo de combat, et porté par une jeune vedette de la comédie américaine… difficile a priori de faire plus « endeur », plus « fun ». Il faut croire que ce type de films s’adresse comme on dit dans le commerce à une « niche » qu’il est d’usage de désigner aujourd’hui par le néologisme « adulescents ».

Scott Pilgrim reprend, recycle, entrechoque joyeusement les genres et les régimes d’images dans un maelstrom d’effets numériques parfois léchés ou, le plus souvent, ostensiblement désuets. La couleur est annoncée avant même les premières images avec l’apparition du logo Universal pixellisé et accompagné du jingle remixé dans le style « Gameboy ». De même, les «Zzzzzz », « Driiiiing » et autres onomatopées propres à la grammaire de la BD sont ici reproduits à l’image pour rappeler les origines impures du film, quitte à redoubler inutilement la bande-son. Tout est donc bricolé pour faire vibrer la fibre nostalgique d’une catégorie sociologique apparue récemment dans les médias, ces fameux « adulescents », expression dont on se demande si elle correspond à grand chose, sans doute parce qu’elle cherche à mettre le doigt sur un entre-deux forcément un peu flou. Ce serait qui, quoi ? On imagine, de jeunes adultes qui fuiraient les responsabilités ennuyeuses de leur âge en prolongeant une adolescence passée à jongler entre, grosso modo, l’ordinateur, la guitare électrique, la planche de skate et la console de jeux. Difficile de juger de la pertinence de cette catégorisation très appréciée des journalistes en manque d’étiquettes sur lesquelles disserter. Toujours est-il que cette pochade bien-d’son-temps reposerait sur l’incarnation parfaite de l’adulescent tel qu’on nous l’a présenté : Michael Cera, dont le charme juvénile et la petite voix un peu nasillarde paraît toujours en constant décalage avec l’univers viril et héroïque de ses passe-temps. De fait, lui et sa bande d’amis ont environ 25 ans, mais ils vivent au royaume de l’entertainment, où l’on prend soin de leur âme d’ado. Ils mènent probablement la même vie que dix ans plutôt : séances de répèt’ de leur groupe, parties endiablées sur les bornes d’arcade de jeu vidéo, etc.

En phase avec son public supposé, Scott Pilgrim réalise le fantasme typique du « gamer » : la fusion du monde du jeu et de la réalité quotidienne, ou plutôt la contamination de l’un par l’autre. Il en résulte un « nouveau monde » où, quand on pisse, la jauge de l’urine apparaît et descend en flèche (les personnages deviennent des Sims). Un tel dispositif donne lieu à quelques idées plutôt amusantes mais il suppose surtout le même type de rapport frustrant au film qu’Avatar : l’impression que le personnage jouit de l’univers qu’il découvre sans que le spectateur partage pour autant avec lui les plaisirs et les sensations rendues possibles par l’irruption du jeu. Pour dire les choses simplement : regarder jouer son pote au fond du canapé, ça va 5 minutes. C’est toujours plus sympa quand on a la maîtrise de la manette.

Notons au passage que c’est également la grande imposture de la 3D que de prétendre nous immerger pleinement dans le monde merveilleux d’un film. L’intérêt d’une approche immersive réside dans le rapport actif de découverte, qui devrait faire du spectateur, un acteur, un aventurier, un explorateur, avec toutes les sensations fortes qui vont avec. Or, cette fonction-là est historiquement dévolue au jeu vidéo qui développe et perfectionne en ce moment même (voir la sortie récente de « Kinect ») une relation étroite et active du joueur qui ne passe plus par la médiation de la manette mais directement par le corps. La fin de ces « prothèses » combinée à des jeux en 3D fera peut-être bientôt advenir l’ère du joueur « Néo », qui se baladera allègrement dans des mondes virtuels comme le héros de Matrix. On peut aussi imaginer que bientôt des jeux utiliseront les techniques de réalité augmentée, permettant l’intégration d’éléments virtuels à notre environnement réel, exactement comme dans le film.

Revenons donc à notre Scott Pilgrim, l’éternel ado qui combat, comme sur Street Fighter, les « ex » de sa nouvelle copine. N’est-ce pas une curieuse idée que celle de devoir exterminer tous ces « ex » pour « gagner » la fille ? Traditionnellement, depuis le Moyen-Age (on peut même remonter jusqu’aux fondements du règne animal), c’est plutôt avec les rivaux qu’on se bat. Enfin… Toujours est-il que Scott Pilgrim retrouve du poil de la bête au gré de ses victoires, en apprenant à maîtriser ses sentiments (estime de soi, amour…) comme autant de nouveaux super-pouvoirs. Ce n’est, au final, pas très différent d’un Spider-Man, à ceci près que pour Peter Parker la découverte des pouvoirs suivait de près celle d’une vocation : sauver le monde, quitte à laisser la petite amie sur la touche. Scott Pilgrim, en bon ado, est plutôt du genre séducteur, égoïste et immature. Il n’emploie ses capacités que pour résoudre ses problèmes de coeur.

A ce sujet, attardons-nous un instant sur le photogramme ici présenté qui illustre bien cette obsession adolescente un peu puérile. Il s’agit d’un plan qui passe probablement inaperçu puisque que comme toute bonne comédie trépidante qui se respecte, rares sont les plans qui doivent dépasser les 2 secondes. L’épée enflammée que tient Pilgrim sur l’image, il s’en est emparée un peu à la manière du roi Arthur avec son Excalibur, sauf que Scott la portait déjà en lui, il la tire de sa poitrine : ses combats ne sont que la quête de ses propres qualités, qu’il transforme en arme pour passer d’un niveau à un autre de son jeu amoureux ; qualités toujours déjà-là, préexistantes, au plus profond de son coeur. Arthur, lui, en arrachant son épée mythique du rocher se voyait confier une mission politique d’une toute autre envergure : régner, devenir roi de Bretagne. Mister Pilgrim se contentera d’une meilleure gestion de sa vie amoureuse.

L’autre élément marquant dans ce plan, ce sont les indications en bas à gauche, imitant les jauges des personnages de jeu, encore une fois. Traduisons. Pour qu’il triomphe, notre héros doit avoir : du coeur, des couilles, de la ruse et de la volonté. A l’époque du roi Arthur on aurait dit avec plus d’élégance qu’Arthur est un preux chevalier au coeur pur, quelque chose comme ça. Aujourd’hui, ces qualités sont des compétences qu’on peut chiffrer et optimiser.
On retrouve-là, sur le plan sentimental la même logique déployée dans l’univers professionnel impitoyable de The Social Network : obsession du score, de la compétition, de l’écrasement des autres joueurs. Mais n’inversons pas l’oeuf et la poule. Le jeu vidéo lui-même, n’est que la variation ludique d’un principe fondateur de nos sociétés soit-disant « méritocratiques » : la notation. Dès le plus jeune âge, on évalue, on attribue un chiffre, une note en nous faisant croire qu’elle ne dépend que des efforts et des « capacités » de l’élève, en passant sous silence l’importance fondamentale du capital social, économique et culturel (c’est-à-dire de la naissance) comme si la note plus ou moins haute dépendait uniquement du temps passé à travailler. Plus tard, ces notes se transforment en bac + un chiffre, puis en salaire, déclinable en net, brut, annuel, etc. C’est ainsi que sont distribués et valorisés à la manière d’actifs financiers les rôles qu’on nous fait jouer dans la vie active. La conséquence de ce jeu de miroir avec les jeux vidéo est que certains élèves mal notés vont en retour chercher dans ces derniers la gratification numérique qu’ils n’ont pas obtenue en classe. L’esprit formaté comme un disque dur par le système scolaire, nous sommes conditionnés de manière à ne reconnaître comme valorisant que ce qui nous attribue un rang, une note, un chiffre. L’âge du numérique, que Deleuze avait lucidement anticipé (1), c’est donc certes le virtuel, mais c’est aussi, a proprement parler, des chiffres. Et ce sera, pour le moment, le mot de la fin.

Raphaël Clairefond

(1) « Les sociétés disciplinaires ont deux pôles : la signature qui indique l’individu, et le nombre ou numéro matricule qui indique sa position dans une masse. C’est que les disciplines n’ont jamais vu d’incompatibilité entre les deux, et c’est en même temps que le pouvoir est massifiant et individuant, c’est-à-dire constitue en corps ceux sur lesquels il s’exerce et moule l’individualité de chaque membre du corps (Foucault voyait l’origine de ce double souci dans le pouvoir pastoral du prêtre – le troupeau et chacune des bêtes – mais le pouvoir civil allait se faire « pasteur » laïc à son tour avec d’autres moyens). Dans les sociétés de contrôle, au contraire, l’essentiel n’est plus une signature ni un nombre, mais un chiffre : le chiffre est un mot de passe, tandis que les sociétés disciplinaires sont réglées par des mots d’ordre (aussi bien du point de vue de l’intégration que de la résistance). Le langage numérique du contrôle est fait de chiffres, qui marquent l’accès à l’information, ou le rejet. On ne se trouve plus devant le couple masse-individu. Les individus sont devenus des « dividuels », et les masses, des échantillons, des données, des marchés ou des « banques ». C’est peut-être l’argent qui exprime le mieux la distinction des deux sociétés, puisque la discipline s’est toujours rapportée à des monnaies moulées qui renfermaient de l’or comme nombre étalon, tandis que le contrôle renvoie à des échanges flottants, modulations qui font intervenir comme chiffre un pourcentage de différentes monnaies échantillons. »
Gilles Deleuze, « Post-scriptum sur les sociétés de contrôle« , in L’autre journal, n°1, mai 1990
Origine : http://aejcpp.free.fr/articles/controle_deleuze.htm

The Social Network / La Vie au ranch

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The Social Network (D. Fincher)

Ping-Pong Chat

Après l’interminable enquête policière de Zodiac sur plusieurs décennies puis Benjamin Button, lourde fresque pompière et révisionniste étalée sur un siècle (voir notre article ici), voici revenir le petit malin Fincher avec un film où tout va plus vite, tout est condensé. Son goût pour les glorieux destins le mène au cas Zuckerberg qui a installé Facebook en quelques années et quelques lignes de code informatique tapotées à tout allure sous l’emprise de l’alcool et de l’excitation : tension, nervosité, rapidité. Lire la suite »

La nuit remuante d’Oncle Boonmee

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« Yeux clos, yeux écarquillés. Yeux clos écarquillés. » (Beckett)

Il y a des films comme ça, dont le souvenir restera indissociable du contexte dans lequel on a croisé leur route. Ils font dès lors partie de notre vie, de nos souvenirs, au même titre que n’importe quel autre événement marquant qui deviennent les jalons de notre mémoire. Quand on les revoit ou qu’on y repense, on se dit immédiatement : j’étais avec telle personne, à tel endroit, je venais de faire ça et j’étais dans tel état d’esprit. Mais comme dirait le spirituel Vialatte que je parcours en ce moment : « Les événements ne sont rien. Ce qui compte, c’est leur légende. La façon dont on les raconte ». Lire la suite »

Lâcher prise. Entretien avec Syd Matters

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Spectres du Cinéma : Pouvez-vous nous rappeler rapidement comment vous avez rencontré Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval ?

Jonathan Morali : Ça remonte à longtemps, 2003 ou 2004. Et la musique du film en elle-même, c’est par Rémy notre guitariste qui le connaissait, et au moment où il commençait à réfléchir à la musique de son film qu’il avait fini d’écrire, je crois, Nicolas est venu nous voir, ils ont organisé un concert dans le cadre d’une soirée à Montreuil et donc on a joué. Il y avait a peu près…17 personnes, dont Nicolas Klotz, qui s’est mis sur une chaise à trois mètres de nous, qui était comme ça (mime quelqu’un d’endormi) pendant tout le concert, et qui s’est pris tout le concert dans la gueule. Je crois que c’est ce jour-là qu’il nous a dit : « je vais vous proposer de faire la musique du film ». C’était assez intense. […]

Propos recueillis par Raphaël Clairefond, à Paris, le 05 octobre 2010

La suite de l’entretien est disponible dans le n°1 de Spectres du cinéma papier sur le site des éditions LettMotif.