Admiration de Terrence Malick : From the Burial to the Wonder

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Le prochain film de Malick s’intitulera To the Wonder.

Ce changement (on le connaissait jusque là sous le titre The Burial) est tout simplement étonnant ; merveilleux ; un acte de création. On passe du sombre, du tragique, à l’émerveillement, à l’étonnement. Qu’est-ce que ça signifie ? La question est simple, la réponse plus encore. Tout le cinéma de Malick met en scène ce passage ; mieux, tout le cinéma est ce passage.

Le film The Tree of Life, si vous vous souvenez, ne raconte que le passage du burial au wonder, le passage de la mort, des funérailles, de l’enterrement, au merveilleux, au prodige, au miracle, des images de la résurrection. Qui ont fait se marrer les idiots, ceux à qui on ne la fait pas ; que foutent-ils donc au cinéma ?

Quoi de plus émerveillant, de plus étonnant. Qu’est-ce qui nous pousse le plus à nous interroger, à nous poser des questions sinon ce devenir, sa possibilité.

Le changement de titre est malickien en soi ; ce n’est pas un changement externe, il est interne ; subjectivement et cinématographiquement essentiel ; c’est un acte esthétique, spirituel ; c’est comme si Malick refusait l’enterrement, et ne pouvait que le repousser par l’idée de l’émerveillement.

Enterrer des trucs, les personnages de Malick le font souvent. Pensons à la scène du déménagement forcé dans The Tree of life : avant de partir un des gosses enterre quelques objets. Ils déterrent aussi des choses.

Dès son premier film, Badlands, on a cette succession, ce passage du burial au wonder ; ceux qui connaissent par cœur le film se souviennent de la scène où Kit enterre des trucs et de la voix off de Holly :

Afterwards he took and BURIED some of our things in a bucket. He said that nobody else would know where we’d put them, and that we’d come back someday, maybe, and they’d still be sitting here, just the same, but we’d be different. And if we never got back, well, somebody might dig them up a thousand years from now and wouldn’t they WONDER !

(Après, il enterra certaines de nos affaires dans un seau. Il dit que personne ne saurait où on les avait cachées. Si on revenait un jour, peut-être, elles seraient toujours là, exactement pareilles, alors que nous, nous aurions changé. Et si on ne revenait jamais, eh bien, quelqu’un les déterrerait dans mille ans : quel ne serait pas son étonnement !)

Il ne faut pas dire que Malick a changé de titre, c’est plus que ça ; l’un ne remplace pas l’autre ; le changement est une espèce de pont entre The Burial et To the Wonder. C’est la définition du cinéma de Malick, du cinéma ; car comme disait Godard : « L’image viendra au temps de la résurrection » ; c’est ça, le wonder : l’image au cinéma.

From the Burial to the Wonder : c’est un énoncé, une promesse ; une promesse de cinéma, en attendant mieux.

borges

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