À la Cinémathèque

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Claude Chabrol, Jean-Luc Godard

« Je sais que je n’ai vraiment commencé à comprendre ce qu’était le cinéma que par la Cinémathèque française, qu’à force de voir, non seulement les films qui passaient sur les Champs-Elysées, et les films américains et italiens que l’on pouvait voir, plus ou moins à la sauvette, vers les années 50, mais à force de voir ce que l’on appelle, d’un mot qui est finalement faux les « classiques » du cinéma (car les classiques du cinéma ce sont « les modernes »).

J’ai besoin de voir perpétuellement les films de Griffith, j’ai besoin de voir perpétuellement les films d’Eisenstein, les films de Murnau, mais j’ai besoin de voir aussi les films contemporains. Parce qu’on ne fait soi-même des films que par rapport au reste des cinéastes. On ne fait pas des films dans l’abstrait. On ne projette pas une vision intérieure qu’on aurait dans la tête, ça n’existe pas. C’est faux. On fait des films par rapport à l’ensemble du moyen d’expression dans lequel on essaye de travailler. On fait des films par rapport à ce qui a été fait déjà par les très grands cinéastes du passé, ceux qui ont crée le cinéma, et par rapport à ceux qui sont nos contemporains, nos successeurs. Ce qu’il y avait d’extraordinaire à la Cinémathèque française, c’est que c’était en même temps pour moi, cinéaste, une découverte permanente de ce qu’est justement la permanence du cinéma.

C’est-à-dire que la Cinémathèque française, pour prendre une image facile, c’était à la fois le Louvre et le Musée d’Art Moderne, tel qu’il devrait être et non pas tel qu’il est, et c’était aussi toutes les galeries de peinture existant à Paris. On pouvait voir successivement, à la séance de 6 h 30  Le Lys brisé de Griffith et à la séance de 8 h 30  Chelsea Girls d’Andy Warhol.

Et c’était fabuleux justement de voir à la suite Griffith et Warhol, parce qu’on s’aperçoit à ce moment-là qu’il n’y a pas trois cinémas, mais qu’il y a un cinéma. Et c’est tout. Ce qu’il y avait justement de fabuleux à la Cinémathèque c’était cette interaction perpétuelle du passé et du présent du cinéma. C’est ça qui était créateur de l’avenir du cinéma. »

(Jacques Rivette)

Henri LangloisHenri LangloisHenri Langlois, Jean-Pierre Léaud, François Truffaut

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